« Suite aux malversations en cours, la société Absys Informatique n'émet aucune demande d'ouverture de compte auprès de fournisseurs ». Ce revendeur nantais dit en avoir eu assez et a tout simplement mis cette phrase en avant sur la page d'accueil de son site Internet. Le procédé n'est pas nouveau, mais il reste malheureusement efficace : les escrocs usurpent l'identité d'une entreprise et de ses dirigeants (ce qui suppose de réunir au moins le K.BIS, un relevé d'identité bancaire et une carte d'identité), ouvrent un compte, passent commande et demandent à être livrés « ailleurs ».
A partir de là, plus rien ne se passe : les produits se sont volatilisés et l'entreprise qui n'a rien commandé ni reçu reçoit la facture. « Dans notre cas, nous en sommes à près de 35 000 euros et n'entreprise a beau exister depuis 1989, il est très difficile de prouver sa bonne foi », explique Michel Gateau, gérant d'Absys Informatique.
Une filière née en Côte d'Ivoire ?
Distributique avait déjà évoqué en début d'année les déboires de plusieurs revendeurs confrontés à cette forme d'escroquerie.
Le revendeur informatique marseillais Apogée Informatique avait été rappelé par deux grossistes qui lui demandaient de confirmer sa demande d'ouverture de compte. Ce fut un bon réflexe car, tout étant en règle, les grossistes auraient pu valider l'ouverture sans prendre cette précaution. Grâce à ces vérifications, le revendeur marseillais porte plainte pour tentative d'escroquerie et la police se rend à l'adresse indiquée par les faussaires. Là, elle arrête trois personnes qui, après vérification, sont également victimes de l'escroquerie : leurs CDI sont faux, elles n'ont jamais perçu leur salaire et leur rôle se limitait à réexpédier les matériels vers la Côte d'Ivoire. L'enquête de police ne peut aboutir.
Depuis, des centaines de cas identiques ont été observés chez les grossistes et les revendeurs. En mars dernier, Distributique relatait
la mésaventure du grossiste Bacatà, avec le même mode opératoire. Il avait déposé trois plaintes. « En ce qui nous concerne, nous ne portons même plus plainte, explique Christophe Castel, responsable de Solumag, dans l'Isère. Celles que nous avons déposé n'ont pas abouti et les escrocs peaufinent leur démarche : ils choisissent des entreprises qui ont une bonne cotation bancaire et sont même prêts à payer de suite une première commande pour rassurer le vendeur ».
Comment se protéger ?
Deux cas de figure se présentent. Si vous êtes le vendeur, vous devez prendre garde à vérifier la réalité des ouvertures de compte, quitte à ralentir la procédure. Dans de nombreux cas, un simple appel téléphonique aurait suffit pour faire échouer l'arnaque. « C'est ce que nous faisons désormais systématiquement, explique-t-on chez GPdis Sud-Ouest (entreprise Bardou à Toulouse), même si nous sommes contactés plusieurs fois par jour en ce moment ».
Par contre, si on a passé commande en se faisant passer pour vous, le problème est plus délicat. En fait, le seul moyen est de compter sur la vigilance de vos fournisseurs. Sachant que l'on approche des fêtes de fin d'année, il est sans doute préférable de bien insister sur l'importance de cette vigilance...
Paradoxalement, le marché est victime de ses progrès : les procédures de dropshipment, notamment, impliquent que l'adresse de livraison ne soit pas celle du revendeur mais celle de son client. Si tout semble en règle et que la procédure est automatisée, l'escroquerie aboutit immanquablement. « Nous n'utilisons pas ce système et il faut probablement que chacun envoie une lettre recommandée à ses grossistes pour lui demander de refuser toute commande livrable à une autre adresse que celles communiquées dans le courrier », conclut Michel Gateau.
De fait, il semble plus réaliste de se protéger des tentatives que de compter sur un démantèlement rapide des réseaux, car les SRPJ et les services de gendarmerie ont visiblement peu de moyens pour faire aboutir ces enquêtes en dehors du territoire national.
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