On compte aujourd'hui en France une vingtaine de réseaux de franchise dédiés à la vente de consommables d'impression recyclés ou compatibles. Ensemble, elles génèrent la création d'une centaine de nouveaux magasins chaque année. Un chiffre suffit pour expliquer cette effervescence : le pactole des consommables d'impression, toutes technologies confondues, représente environ 4 milliards d'euros. Et en l'occurrence, la France est l'un des pays industrialisés où les consommables d'origine des constructeurs d'imprimantes ont conservé la part de marché la plus importante : près de 85%, contre 60% à 70% dans les pays voisins et seulement 50% aux Etats-Unis. Autrement dit, si la part du recyclé et du compatible atteignait le niveau qu'elle a en Grande-Bretagne, il y aurait 1 milliard d'euros à se partager.
Le marché français trouve son leader
Il n'en fallait pas davantage pour aiguiser tous les appétits, à commencer par celui du leader mondial, européen et, désormais, français du secteur : Cartridge World. Créée en Australie en 1988, cette enseigne compte aujourd'hui plus de 1 600 franchisés dans 45 pays. Pourquoi ne s'est-elle intéressée à la France qu'à partir de 2003 ? « Tout d'abord parce l'utilisation de consommables recyclés ou régénérés s'est d'abord développée dans les pays anglo-saxons, où la formule de la franchise est elle-même plus répandue », explique Jérôme Decourselle, responsable du Développement de Cartridge World en France. Depuis son arrivée en France, l'enseigne a tout fait pour rattraper son retard, avec deux ouvertures de magasin par mois en moyenne, ce qui lui permet de compter 118 franchisés aujourd'hui. « Nous continuerons de progresser au même rythme cette année, avec plus de 24 nouvelles franchises, et notre objectif est de disposer de plus de 250 points de vente en 2012 », précise Jérôme Dercourselle. Cela étant, Cartridge World ne manque pas de concurrents, loin s'en faut : une vingtaine d'enseignes cherchent aujourd'hui à prendre leur part de ce marché en forte croissance.
Des arguments économiques... et écologiques
« Un seul réseau de franchisés ne parviendra pas à prendre à lui tout seul 25% de parts de marché aux consommables d'origine. En France comme ailleurs, il y aura à terme 3 à 5 enseignes majeures », explique Vincent Noël, Directeur du développement de Inkeuro. Créée en 2004, ce réseau compte aujourd'hui 10 magasins franchisés et prévoit d'en ouvrir 15 à 20 nouveaux cette année. « L'objectif est de passer la barre des 100 d'ici 2012 », poursuit Vincent Noël.(...)Si les objectifs sont souvent ambitieux, ce marché reste toutefois marqué par un nombre important de défaillances. Une autre enseigne, Ink'Eko, a ainsi dû déposer le bilan avant d'être reprise en 2006 par Jean-Baptiste Clément, qui analyse les principales difficultés rencontrer sur ce marché : « Il est impératif que la tête du réseau soit solide, ce qui n'a pas toujours été le cas. Nous avons nous-mêmes attendu près de deux ans avant de relancer le recrutement de franchisés, au début de cette année. Il faut également garantir une zone de chalandise suffisamment importante en exclusivité pour que le nouveau franchisé puisse rapidement développer son chiffre d'affaires ».
Toutes ces enseignes semblent aujourd'hui portées par une conjonction de facteurs qui avantage le consommable « recyclé ». « Notre véritable concurrent, c'est bien sûr le consommable d'origine vendu en grande distribution, explique Jérôme Decourselle, mais les clients constatent qu'avec un prix moyen de 1 500 euros le litre d'encre, il devient plus économique d'imprimer avec du Chanel N°5 ». Certes, l'argument économique a toujours été le premier atout du consommable « non original », mais le contexte international ne fait que le renforcer. « Il faut 5 litres de pétrole pour fabriquer une cartouche laser, renchérit Vincent Noël ; l'argument n'est donc plus seulement économique, il s'agit de la préservation de l'environnement ».
Consommables d'origine : les menaces ne tiennent plus
Dans ce contexte, notamment en France, la principale riposte des fabricants de cartouches originales - et donc d'imprimantes - était le manque de qualité des autres encres et la difficulté qu'ils auraient à honorer la garantie si l'on utilisait des produits recyclés. « La suspension de la garantie sous ce motif n'est plus légale en Europe et, dans tous les cas, ce serait au constructeur d'apporter la preuve que c'est tel consommable non original qui aurait endommagé l'imprimante, ce qui n'est pas faisable », affirme Vincent Noël. « Aux Etats-Unis, cet argument absurde a été balayé dès 1973, ajoute Jérôme Decourselle. La loi impose que la garantie soit maintenue quel que soit le consommable utilisé. Le résultat est que les consommables non originaux représentent là-bas une vente sur deux ».
Quoi qu'il en soit, ce marché devrait conduire à l'ouverture de plusieurs centaines de magasins au cours des cinq ans à venir. Généralement implantés en centre ville ou sur les voies pénétrantes, ils devraient être présents dans toutes les agglomérations de plus de 30 000 habitants. Reste à savoir quelle sera l'attitude de la grande distribution, principal allié des fabricants de cartouches d'origine, face à ces produits dont le prix est généralement inférieur de 50% à celui des consommables de marques.
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