Distributique

Où va Arès ?

Stratégie - 19/03/2008
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Après avoir cédé ses activités de distribution fin 2006 pour se consacrer aux services, Arès a racheté fin 2007 deux sociétés de distribution et de location d'infrastructures et annonce aujourd'hui qu'il cède ses activités d'éditeurs de progiciels. Les représentants du personnel s'inquiètent de ces revirements stratégiques et demandent des explications. Les réponses de Michel Berjamin, Pdg du groupe.


Suite au rachat de Databail et d'Adequat, fin 2007, l'effectif du Groupe Arès passe pour la première fois la barre des 2 000 personnes, soit 300 de plus qu'en 2003. L'information devrait être interprétée comme un signe de retour à la croissance ; pourtant, un nombre croissant de salariés de l'entreprise s'inquiète ouvertement du revirement stratégique que représentent ces deux acquisitions. « En octobre 2006, la nouvelle direction avait justifié la cession du pôle distribution en expliquant qu'Arès devait se consacrer entièrement aux services. Un an plus tard, le groupe rachète deux sociétés de distribution et de location d'infrastructures, change le mode de commissionnement des commerciaux en diminuant la part liée aux services et remercie sans ménagement plusieurs responsables d'agences. Nous ne pouvons que nous interroger sur la pertinence de ce revirement », explique Mina Chibchib, Déléguée Syndicale Centrale CFDT d'Arès. A l'analyse, une première explication s'impose : les activités cédées fin 2006 représentaient un chiffre d'affaires de 76 millions d'euros, tandis que les deux acquisitions amènent ensemble des revenus d'environ 100 millions d'euros et 150 salariés, ce qui permet au groupe de conserver la même surface financière. « Cela correspond peut être à une logique financière mais c'est l'inverse de la stratégie mise en place en 2006 », répond Mina Chibchib. « Ces deux acquisitions ne correspondent en rien à un changement de stratégie, répond Michel Berjamin, Pdg d'Arès. Nous avons cédé l'activité de distribution de PC et d'imprimantes, pas celle des serveurs et des architectures. C'est bien pour cela que le plan social a concerné 76 personnes et non 400, comme l'avait programmé l'ancienne direction ».

Concrètement, il apparaît que c'est au niveau de la direction et de ses méthodes que le bât blesse. Responsable de Databail et d'Adequat, Eric Viel, a été nommé Directeur Général Délégué d'Arès en janvier dernier et a aussitôt entrepris une analyse des résultats des différentes activités du groupe, avec des changements à la clé. Dans les faits, c'est donc la méthode qui est contestée, ainsi que la légitimité du nouveau DG, sachant que les chiffres d'affaires des deux sociétés acquises ne représentent au final qu'un quart des revenus du groupe. « Il faut rappeler qu'Eric Viel a été durant plusieurs années responsable commercial et marketing d'ECS au niveau européen, précise Michel Berjamin. Il a donc l'expérience et les qualités qui correspondent à ce poste de direction générale ».

Et maintenant, la vente des "bijoux de famille"

Reste que le départ de plusieurs managers amène les salariés à s'interroger sur une éventuelle réorganisation du groupe. Cela concerne notamment les agences de Lyon, de Nantes, de Nancy et la business unit Financement. « Nous entamons un nouvel exercice fiscal le mois prochain et il est logique que nous fassions des choix en termes de budget. Cela étant, aucun plan social n'est prévu et nous ne nous interdisons pas de réaliser d'autres acquisitions dans le domaine des services. Il faut également préciser que nous n'avons pas identifié de doublons importants au niveau des postes, mais que nous cherchons logiquement à réunir les différentes équipes au sein des mêmes locaux. Nous avons investit 11 millions d'euros dans ces deux acquisitions ; qu'il soit clair que c'est pour créer de la valeur et non l'inverse », conclut Michel Berjamin.

Après avoir entendu les uns et les autres, on serait tenté de faire crédit à Michel Berjamin de sa volonté de développer la société ; mais les faits sont têtus : après nous avoir donné sa version ce 19 mars en fin de matinée, la direction diffusait en fin d'après-midi un communiqué annonçant que le groupe cédait ses activités d'éditeur de progiciels (Arcole et Actipidos), ce qui ne correspond pas à un recentrage vers les services. En effet, c'est en devenant éditeur il y a plusieurs années qu'Arès a commencé à se forger une image de SSII. La cession inattendue concerne 60 personnes, notamment sur les sites de Nantes et des Ulis. A quelle stratégie tout cela correspond-il ? N'ayant pu obtenir ce jour de réponse de Michel Berjamin, nous laissons la conclusion à Mina Chibchib, représentante du personnel : « nous ignorons quelle est la stratégie, mais nous savons que vendre les bijoux de famille n'est pas réellement un signe de développement ».
A suivre...
Article de Pascal Boiron
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