Réflexion et action autour du développement durable
Des DSI, des industriels IT et quelques revendeurs étaient réunis à Paris pour participer à la deuxième édition de l'Exclusiv. Au menu de cette manifestation qui se veut un espace de réflexion convivial : le développement durable.
Le Palais Brongniart, ancien temple de la Bourse en France, pour accueillir une rencontre axée sur le développement durable. Le symbole illustre assez, s'il en était encore besoin, l'importance que revêt désormais la réflexion sur ce sujet. DG Consultants, organisateur de la manifestation, a en tout cas réussi à marquer les esprits des quelque 250 participants, dont bon nombre de DSI, à la deuxième édition de l'Exclusiv. Autour de Gérard Rio, le président de DG Consultants, Bertrand Huck, responsable d'études chez GfK, Nicole Notat, fondatrice du groupe Vigeo, et Bernard Decugis, président du Syndicat national des entreprises de systèmes et solutions d'impression (Snessi), ont ouvert des pistes de réflexion sur le thème de la soirée : « Informatique et développement durable ». Rapidement, Bertrand Huck plante le décor, décrivant une jeune industrie productrice de biens de consommation numériques en masse. Car le numérique recouvre aujourd'hui 70 % du chiffre d'affaires de l'informatique.
Le boom des produits numériques
En France, rien que pour 2006, le cabinet d'études GfK estime à près de 63 millions le nombre de produits numériques vendus, dont une bonne partie est renouvelée tous les dix-huit à vingt-quatre mois (baladeurs, GPS, téléphones...). « C'est l'un des points les plus remarquables de la montée en puissance du numérique dans les usages, explique Bertrand Huck. Il a fallu sept ans pour que les ventes d'appareils photo numériques dépassent le million d'unités. Cette durée s'est réduite à cinq ans pour ce qui concerne les baladeurs MP3. Quant à la dernière vedette en date, le GPS, le million d'unités a été atteint en à peine deux ans ! » Et, de l'avis du consultant, cette dynamique ne devrait pas se démentir dans les prochaines années grâce à l'innovation technologique permanente sur le segment grand public, notamment dans les domaines de la téléphonie et de la mobilité. Revers de cette médaille numérique : le « syndrome Gillette ». Car, en raison de ces améliorations technologiques constantes, les consom- mateurs renouvellent de plus en plus souvent leurs appareils numériques. Comment, dès lors, concilier « développement durable et produits jetables ? » se demande Bertrand Huck, sans toutefois apporter de réponses à cette interrogation. Nicole Notat, ancienne grande prêtresse du syndicat CFDT, fondatrice et présidente du groupe Vigeo spécialisé dans la notation extrafinancière sur les performances des entreprises en matière de développement durable et de responsabilité sociale, a apporté sa contribution. Elle a réaffirmé la responsabilité des entreprises dans la prise en compte de cette réalité mondiale.
Des questions sans réponses
« Les entreprises subissent d'ailleurs de multiples pressions, a observé Nicole Notat. Des pressions tout à la fois institutionnelles, avec des lois et des normes de plus en plus contraignantes, citoyennes, au travers des actions des associations de consommateurs ou des ONG, et financières, car de plus en plus d'investisseurs prennent en compte les risques potentiels liés au non-respect des critères de développement durable. » Mais l'ex-digeante de la CFDT n'a pas tenté de répondre à la question de savoir si « l'informatique s'inscrivait dans les contraintes du développement durable ». Après quoi Bernard Decugis, président du directoire de Ricoh France et directeur du Snessi, a eu fort à faire pour démontrer que l'industrie IT n'était pas le mauvais élève que Greenpeace dépeignait dans son Guide pour une high-tech responsable. « Le Snessi rejoint le constat de Nicole Notat quant à la responsabilité des entreprises dans la notion de développement durable, a expliqué Bernard Decugis. Dans le domaine de l'impression, nous avons mis en place très tôt une filière, le Conibi, dont l'objectif est de collecter, transporter et valoriser les consommables et les produits usagés », a-t-il souligné. « L'enjeu pour les entreprises est de trouver le bon équilibre entre profits et développement durable, a-t-il poursuivi. Il s'agit aussi de travailler sur un double enjeu : l'innovation technologique, qui peut contribuer à satisfaire à cette exigence, et le comportement des gens. Une entreprise a tout intérêt à conduire une réflexion sur sa politique en matière de voyages, sur l'utilisation des voitures... Ce qui implique d'envisager de construire une politique nouvelle dans le domaine des ressources humaines. » Dans l'ancienne grande salle des marchés du Palais Brongniart, après une bonne heure et demie de réflexion, les sceptiques croisent les optimistes. Difficile, quoi qu'il en soit, d'éluder l'impératif sous-jacent au débat : l'intérêt financier qui semble-t-il, prime aujourd'hui encore sur toute autre considération.
Jouer la carte de l'avenir
Dans l'enquête annuelle réalisée par BNP Paribas Lease Group auprès des réseaux de distribution informatique, télécoms et bureautiques (lire Distributique numéro 564), les revendeurs admettaient que, en matière d'application de la norme environnementale européenne DEEE, ils ne faisaient pas montre d'un zèle excessif parce qu'ils percevaient mal le bénéfice financier qu'ils pouvaient en tirer. « Le marché est réceptif mais encore immature, avait souligné plus tôt Nicole Notat. La notion de développement durable émerge mais ne constitue pas encore un axe économique stratégique pour nombre d'entreprises. Mais celles d'entre elles qui auront anticipé très tôt les besoins et les attentes de demain bénéficieront d'un réel avantage concurrentiel. C'est le moment de faire les bons choix », a conclu l'ex-patronne de la CFDT.
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