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Export : apprenons à chasser en meute

Eric Cohen, fondateur et PDG  de Keyrus

Eric Cohen, fondateur et PDG de Keyrus

La croissance en France sera-t-elle de 0,1% ou de 0,2% ? Quelle importance pour des entreprises françaises qui savent depuis longtemps que leur développement se fera à l'international ? Mais n'exporte pas qui veut. Alors que les politiques publiques ont longtemps privilégié les grandes entreprises, emblèmes de la puissance industrielle de la France, les nouvelles orientations du Gouvernement vont dans le bon sens pour accompagner les PME et ETI à l'export. Encore faut-il se coordonner et, enfin, apprendre à « chasser en meute ».

Début juillet, j'étais à Tunis. Deux jours de visite dans un pays que je connais bien pour y avoir acheté une entreprise dès 2006. Ce qui était nouveau pour moi en revanche était de me trouver en compagnie d'une cinquantaine d'autres patrons Français, à l'invitation du Président de la République.

Jusqu'à présent, en entrepreneur, en chef d'entreprise, je m'étais débrouillé seul pour ouvrir une dizaine de filiales sur quatre continents. Pour la première fois, mon Gouvernement m'invitait officiellement à l'étranger pour promouvoir la marque France et vendre nos savoir-faire.

Cette démarche s'intègre dans une volonté plus vaste dont l'ambition est de soutenir, aider et accompagner les entreprises françaises dans leur conquête des marchés internationaux. Ce projet, incarné par Nicole Bricq, Ministre du commerce extérieur, s'appuie sur trois piliers principaux. En premier lieu, il s'agit de simplifier les démarches. Il est vrai qu'il est parfois compliqué de demander de l'aide, si compliqué que nombre d'entreprises préfèrent se « débrouiller ». La mode est au choc. Le Gouvernement nous promet un choc de simplification. Deuxième pilier : fédérer les acteurs de l'export. En effet, comment simplifier sans concertation et sans collaboration des acteurs publics ? Enfin, il s'agit de créer une véritable communauté française de l'export.

On ne gagne pas seul

De retour de Tunisie, je peux témoigner de la justesse de ce dernier point. On ne gagne pas seul. A l'étranger, encore plus qu'en France, les grandes entreprises ont besoin des PME et des ETI pour réussir leurs projets. A l'export, encore plus qu'ici, les PME et ETI ont besoin des grands groupes pour prospérer. Ces synergies sont essentielles pour bâtir des projets compétitifs, intelligents, optimisés pour gagner à l'export.

C'est ce qui s'appelle « chasser en meute ». Une méthode que nous devons apprendre d'urgence. L'Allemagne, ce voisin tout puissant que l'on nous montre en exemple, est l'un de ces chasseurs. Les délégations allemandes en voyages d'affaires à l'étranger sont redoutablement efficaces, à l'instar de leur collaboration industrielle et commerciale.

L'entreprise étendue reste souvent encore un concept ; l'entreprise France doit être une réalité si nous voulons réussir à l'export. Elle doit regrouper les petits et grands acteurs de l'économie française réunis avec intelligence. Bâtissons ensemble ces projets, partageons nos idées, inventons les nouveaux modèles de création et partage de valeur à l'international.

La dynamique de simplification semble avoir été insufflée par les plus hautes instances de l'Etat. Les acteurs publics ont reçu pour mission de se fédérer. En tant qu'entrepreneur, je ne peux que m'en féliciter. Reste à créer cette communauté, cette « meute de chasseurs ». Je veux en faire partie. Et vous ?

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Commentaires

Thizon Bravo pour cette pertinence factuelle.

ROBERT CHRISTIAN (suite ...) Le fait est que, quelque soit ses qualités intrinsèques, son savoir faire à haute valeur ajoutée, les innovations proposées, son professionnalisme, sa rapidité d’action, la petite et moyenne entreprise souffre d’une difficulté existentielle : sa crédibilité. Trop petite pour intéresser les grandes, ou les institutions publiques ou semi publiques et trop grande pour s’habiller avec un vêtement étroit pour elle. Enfin; si les pouvoirs publics pleins de concrétude, nous cartographient les terrains de chasse pour qu’ensemble on gagne des parts de marché à l’export, chaque entrepreneur réunissant les qualités du bon chasseur peut y prétendre. Pour chasser en meute, il faut que chacun ait sa place et son rôle tout comme dans les différentes formes de partenariats : entre un partenariat d’Alliance où l’on vend Avec son partenaire », et un partenariat Channel où l’on vend au travers de son partenaire, la différence est de taille, les résultats aussi. Constituer la meute avant de chasser en « terres étrangères » et ne pas se tromper c’est ici que le facteur confiance rejoint le facteur chance. Je, Nous, sommes partants… On démarre quand ? Christian ROBERT - CLBISOFT

ROBERT CHRISTIAN « Reste à créer cette communauté, cette « meute de chasseurs ». Je veux en faire partie. Et vous ? » Absolument, Oui. On s’inscrit où ? Ce matin dans « Good Morning Business » sur BFM Radio, Stéphane SOUMIER interrogeant son invité du jour a cité une définition de l’entrepreneur : « l’entrepreneur est celui qui mesure et accepte les risques tout en assumant l’incertitude ». L’incertitude c’est entre autres, le facteur chance et le facteur confiance. Il faut gérer la confiance que l'on accorde à l'autre comme un crédit, c'est à dire ne pas aller au delà du seuil (variable selon les gens) où il ne serait plus solvable. Or, en France, compte tenu du Principe de Précaution inscrit dans l’ADN du « Faiseur d’Economie » il est assez difficile de se fédérer en Gagnant/Gagnant. Il y a une forme de suspicion intrinsèque. Mais seul on ne peut rien. C’est évident pour chacun n’est-ce pas ? Ça l’est tellement qu’ être obligé de revenir, de débattre, sur l'évidence de mailler, de se réunir, de s’allier, de se regrouper, « de chasser en meute » est très mauvais signe puisque cela met en évidence justement le faible degré de cette évidence. Le fait est que, quelque soit ses qualités intrinsèques, son savoir faire à haute valeur ajoutée, les innovations proposées, son professionnalisme, sa rapidité d’action, la petite et moyenne entreprise souffre d’une difficulté existentielle : sa crédibilité. Trop petite pour intéresser les grandes, ou les institutions publiques ou semi publiq...

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