Ultrabooks : une valeur sûre ?

L'objectif d'Intel et des fabricants de remonter les prix des portables et de doper les ventes est-il réalisable ? Car le succès des ultrabooks auprès des fabricants se traduit par la multiplication des modèles et une compétition qui risque de déboucher sur une guerre des prix.


Sabine Turkieltaub
HP



« La création de la gamme des ultraportables va certainement dynamiser le marché des portables qui s'est ralenti. Avec des modèles plus fins et plus légers, le but est de redonner de la valeur aux produits et de faire remonter les prix ». Armés de cette conviction formulée par Sabine Turkieltaub, directrice marketing de la division impression et systèmes personnels chez HP, les fabricants et les grands OEM se sont emparés du concept d'ultrabook pour le décliner en gammes nombreuses et destinées aussi bien aux professionnels qu'au grand public. Au vu des annonces faites actuellement et du nombre de modèles annoncés ou à venir, il paraît indéniable que l'ultrabook va être le produit informatique vedette de la rentrée 2012 et des ventes de fin d'année. Les fabricants fourbissent leurs campagnes de communication et comptent sur l'attrait de l'esthétique du format réduit pour revitaliser le marché.

Il est vrai que les arguments en faveur des ultrabooks, que ce soit pour le marché domestique ou professionnel, sont séduisants. Finesse, légèreté et esthétique sont des avantages certains pour tous les acheteurs. En y ajoutant l'autonomie, et des performances qui n'ont rien à envier à celle des portables de moyenne gamme, là ce sont les technophiles qui risquent d'être séduits aussi. Pour les professionnels, principalement les professions libérales et les managers, l'ultramobilité combinée à l'autonomie sont des arguments décisifs pour l'accès aux données en déplacement et la présence au bureau à distance. D'après Lionel Vargel, directeur général et co-fondateur de Compufirst, « les Ultrabooks renferment des technologies et des services recherchés par une clientèle spécifique comme les professions libérales. Ils représentent une niche qui vise les chefs d'entreprise et les professions libérales, car ils sont un vecteur d'image avec un look recherché combiné aux avantages de l'ultramobilité ».

Les acteurs redoutent une guerre des prix

Bien que les ultrabooks n'aient pas connu le succès escompté depuis la sortie des premiers modèles fin 2011, les fabricants et les OEM parient beaucoup sur un décollage des ventes lors des achats de fin d'année. Mais le succès des ultrabooks et la multiplication des modèles risquent bien de provoquer l'effet contraire à celui recherché par l'industrie tout entière : une guerre des prix qui ruinerait les espoirs de voir un jour la valeur moyenne des portables augmenter. « Nous espérons que les fabricants sauront faire preuve de retenue et que les prix ne seront pas tirés vers le bas », soupire Didier Halbique, directeur commercial channel chez Fujitsu. Ce n'est pas sûr qu'il soit entendu, car depuis l'annonce des premiers modèles, les prix ont chuté au gré des renouvellements des gammes. Certains fabricants bradent leur première génération d'ultrabooks afin de faire de la place aux nouveaux modèles, basés sur les processeurs Ivy Bridge d'Intel.


Raphael De Perlinghi
Lenovo



Pire encore, une nouvelle tendance est apparue chez certains fabricants qui misent sur des produits qui comportent certaines caractéristiques des ultrabooks (finesse et légèreté notamment), mais qui n'en sont pas véritablement au sens de la définition d'Intel. Vendus moins cher que les portables estampillés ultrabooks, ces modèles sont très compétitifs au point de vue performances/équipement/prix. « À côté des ultrabooks, nous allons lancer la série S qui s'adresse aux utilisateurs qui ne veulent pas opter pour les modèles de 15 pouces. Nous pensons qu'il y a là un segment, celui de l'ultraportabilité, à combler entre les netbooks et les ultrabooks. Ces modèles seront annoncés à la rentrée à des prix très abordables : 499 euros pour un modèle de 13 pouces à base de Core i3 et sans carte graphique », annonce Raphael de Perlinghy, general manager de la division Consumer chez Lenovo.

D'un autre côté, la concurrence s'annonce rude avec les portables ultramobiles basés sur des plateformes AMD. Avec ses processeurs APU et la plateforme Brazos, AMD propose une alternative attrayante et bon marché pour certains fabricants, et compte bien jouer sa carte sur le segment dévolu aux ultraportables. « Depuis le lancement de l'APU, l'ultramobilité est au coeur de la stratégie d'AMD quel que soit le format, de 11,6 pouces à 15 pouces », rappel Alexandre Marescaux, responsable business development pour le marché grand public chez AMD. L'ex-fondeur mise sur sa plateforme Brazos et des prix ultracompétitifs pour séduire les OEM. Dans un tel contexte, on peut raisonnablement se demander si l'objectif d'Intel et des fabricants de remonter les prix grâce aux ultrabooks est tenable.

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