Un marché en pleine (re)naissance

« Le marché commence à bouger, mais il est encore en phase d'évangélisation »

« Le marché commence à bouger, mais il est encore en phase d'évangélisation »

Avec l'essor des smartphones et l'émergence récente des box domotiques, le marché de la maison intelligente connaît un regain d'intérêt. De nombreux acteurs venus de tous les horizons s'agitent. A commencer par les opérateurs télécoms qui arrivent en force.

L'ère de la domotique telle qu'on la connaît depuis les années 1980, avec ses alarmes et ses volets roulants électriques, semble bien finie. Avec l'avènement d'Internet, la démocratisation des smartphones et tablettes, et la vague récente d'objets connectés (appareils électroménagers, accessoires...), on parle désormais de « domotique 2.0 » ou de « maison intelligente ». Visualiser sur son mobile ce qui se passe en temps réel dans son salon, allumer le chauffage à distance, être averti par SMS quand son enfant rentre de l'école... les possibilités semblent infinies. Avec l'avantage pour les consommateurs que ces solutions sont beaucoup moins chères et plus simples à installer qu'avant. Résultat : selon le cabinet Xerfi, le marché français devrait croître de 35 % par an pour représenter près de 1 milliard d'euros en 2015 !

Tous les indicateurs - ou presque - sont au vert

Hormis cette tendance forte au "tout connecté", si le marché de la domotique 2.0 s'apprête à décoller, c'est surtout parce que les conditions sont enfin réunies. D'abord, le prix de l'électricité ne cesse d'augmenter. Les consommateurs sont donc plus enclins qu'avant à faire des économies d'énergie pour réduire leur facture. Autre événement favorable : ERDF (la filiale distribution d'EDF) s'apprête à déployer, d'ici 2020 dans tous les foyers français, son compteur électrique communiquant Linky. Celui-ci permettra non seulement aux clients de mesurer précisément leur consommation électrique (en temps réel), mais aussi d'agir à distance, via des capteurs, sur les appareils électriques de leur maison (chauffage, télévision, luminaires...). 250 000 de ces compteurs ont déjà été déployés, entre 2010 et 2011, dans le cadre d'une expérimentation à Lyon et en Indre et Loire.

Après la box Internet, la box "domotique"

En parallèle, ces deux dernières années, différents acteurs - notamment les opérateurs télécoms - ont senti le bon filon et décidé de proposer des box "domotiques". Celles-ci se connectent simplement derrière la box Internet du foyer et communiquent en sans-fil avec des capteurs (détecteurs de mouvement, prises intelligentes...) disséminés dans la maison. « La domotique avec box a clairement permis de réduire le coût d'acquisition de ces solutions (les opérateurs subventionnent la box moyennant un abonnement, NDLR) et d'en simplifier l'usage, ce qui est à mon sens l'élément clé du renouveau de ce marché », explique Flavien Vottero, chef de projet au sein du cabinet Xerfi. Peu à peu, ces box d'un nouveau genre ont investi les rayons des magasins de bricolage et les boutiques télécoms. Même la grande distribution commence, aux dires de nos interlocuteurs, à y réfléchir...

Reste que le secteur souffre encore d'un manque de notoriété. « Les gens ne savent pas encore tout ce qu'ils peuvent faire avec ces nouveaux équipements », constate Marc Westermann, directeur de l'activité Home by SFR. Ce que confirme Olivier Courtade, président de M2M Solution et de Myxyty : « Le marché commence à bouger, mais il est encore en phase d'évangélisation », explique t-il.

De nouveaux acteurs entrent dans la danse

Promise à un marché de masse dans les années à venir, la domotique 2.0 suscite plus que jamais les convoitises. Depuis peu, il faut désormais compter sur une multitude de nouveaux entrants aux profils variés : les opérateurs télécoms (Bouygues Telecom, Orange et SFR), les grandes surfaces de bricolage (comme Castorama qui a lancé sa Blyssbox en 2012), les fabricants d'appareils électroniques (comme Toshiba qui proposera dès l'été 2013 son offre Pluzzy) ou encore les géants de l'informatique et d'Internet comme Microsoft, Apple et Google. « Même des compagnies d'assurance et des acteurs de la grande distribution comme Ikea ou Carrefour s'y intéressent », ajoute Olivier Courtade. Il existe aussi de plus "petits" fabricants de box domotiques, comme Zodianet ou Eedomus par exemple. Un engouement que les acteurs traditionnels du secteur (Legrand, Hager, Schneider Electric...) voient d'un très mauvais oeil... La concurrence s'annonce rude.

Alors, qui va gagner ? Nos interlocuteurs sont bien incapables de répondre. Ce qui est certain, c'est que les partenariats vont se multiplier, à l'image de SFR qui s'est déjà allié à Legrand pour proposer une prise électrique connectée. « Nous allons revivre la même chose que lors de l'arrivée de l'ADSL, analyse Olivier Courtade. Mais, beaucoup se demandent encore comment ils vont entrer sur le marché... ». Pour le cabinet Xerfi, les opérateurs télécoms sont en position de force pour s'imposer. Ils ont un savoir-faire technique, une capacité de communication, et surtout, une porte d'entrée toute trouvée dans les foyers français : la box ADSL. Certains, comme Bouygues Telecom, voit d'ailleurs la domotique comme le cinquième pillier de leur offre qui sera bientôt « quintuple play ».

Vers une guerre ouverte entre les opérateurs télécoms et EDF ?

Mais les opérateurs télécoms ne sont pas les seuls à avoir un accès privilégié aux foyers. Les prestataires de services énergétiques comme EDF aussi. On peut donc imaginer qu'une bataille se prépare entre eux. Pas si sûr... D'un côté, la box Internet a déjà conquis 24 millions de logements. De l'autre, le compteur électrique Linky équipera bien 35 millions de foyers, mais dans plusieurs années. Avec leur box, les opérateurs ont donc clairement un temps d'avance. Si intelligent soit-il, le compteur Linky ne peut donc pas vraiment rivaliser, d'autant qu'il est cantonné à l'efficacité énergétique du logement et que les premières applications compatibles ne sont pas encore prêtes. Ce que confirme Anne-Marie Goussard, directeur territorial Hauts-de-Seine et Val d'Oise chez ERDF : « Linky est effectivement une porte d'entrée automatique dans tous les foyers, mais cela reste un outil de comptage de la consommation électrique et un support pour accueillir de manière universelle des équipements domotiques que les gens choisiront. Nous sommes davantage dans une logique partenariale avec les opérateurs ». Flavien Vottero du cabinet Xerfi voit d'ailleurs EDF « plus comme un prescripteur qu'un distributeur » de ces nouvelles solutions.

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