Un panorama presque complet de solutions pour l'Open Source

Plus de 20 % des entreprises françaises d'au moins 10 personnes disposeraient d'un ou de plusieurs postes informatiques équipés d'un système d'exploitation libre, et plus de 4 entreprises sur 10 utiliseraient un outil de bureautique libre, selon une étude publiée par l'Insee en 2012. Si le logiciel libre est très largement répandu dans les serveurs, les bases données, la gestion de contenu (outils CMS) et les applications web, il l'est aussi de plus en plus sur les postes de travail, notamment grâce au système d'exploitation Android très en vogue dans les smartphones et dans les tablettes. « Les solutions Open Source couvrent, aujourd'hui, pratiquement toute l'infrastructure IT. Dans le monde de l'Internet, c'est même plus de 70 % des sites web qui sont réalisés avec des CMS en Open Source », indique Philippe Montargès, cofondateur et co-président de l'opérateur de services Open Source Alter Way.

Un avis que partage Philippe Desmaison, directeur technique de Suze pour la France dont le groupe est bien implanté dans le monde du serveur et de l'infrastructure en général. Notons que Suze mène aussi une importante offensive sur les postes de travail avec la suite bureautique LibreOffice, une activité devenue rentable pour le groupe grâce, il faut le dire aussi, au support du format ODF dans Microsoft Office. Globalement, le panorama des solutions libres est conséquent et couvre un large portfolio d'applications, et ce, dans de nombreux domaines. D'ailleurs, l'intégrateur Smile a mis à jour en décembre dernier son guide de l'Open Source qui répertorie près de 190 logiciels et solutions (de l'annuaire LDAP « 389 directory server » au serveur de messagerie collaborative Zimbra) et qui en cite plus de 300. Ce guide est réparti en trois catégories : logiciels d'infrastructure (contrôle de postes à distance, gestion de parc, sauvegarde, haute disponibilité, VPN, sécurité, virtualisation, VoIP, messageries...), développement et couches intermédiaires (annuaires d'entreprise, bases de données, BPM/Workflow, outils de développement, test, ESB, MOM, PKI, moteurs de recherche...) et applications (CRM, décisionnel, ERP, CMS, e-commerce, portails...).

Une faiblesse dans les applications métiers

Si ce panorama nous laisse à penser que le monde du libre arrive effectivement à maturité et dans une phase d'industrialisation, il subsiste quelques manques notamment dans le domaine des applications métiers et verticales. « C'est vrai, il y a moins de solutions métiers dans l'Open Source aujourd'hui. Mais nous commençons à voir dans les ERP par exemple, des composants orientés métiers qui émergent », reconnaît Jean-François Bossard, directeur commercial chez Smile France. Un avis que partage Philippe Montargès qui met aussi en exergue les efforts réalisés en citant l'exemple intéressant de la plateforme Linux embarquée du consortium Genivi dans le monde de l'automobile. Ce consortium compte aujourd'hui plus de 160 entreprises membres dont Peugeot Citroën, BMW, Intel ou encore Ford. Genivi pourrait d'ailleurs donner naissance à de nombreux équipements comme des systèmes de radionavigation multimédia avec multiprocesseur en temps réel embarqué ou encore l'exemple de Ford qui porte AppLink, son système de commande vocale des applications accessibles depuis n'importe quel smartphone dans le cadre du consortium Genivi.

Hormis l'exemple de Genivi, on peut également citer Bonita Open Solution, la suite de gestion des processus métiers (BPM) éditée par BonitaSoft. Le cas de cet éditeur est d'autant plus intéressant que sa solution a été classée comme l'une des seules en Open Source à répondre à la définition Gartner d'un BPMS (Business Process Management Systems). Une gageure, lorsque l'on sait que ce marché du BPM est fortement dominé par des solutions propriétaires et coûteuses de surcroît. « Dans le BPM, il existe plusieurs applications en Open Source, mais BonitaSoft a fortement investi pour créer une solution complète, ce qui explique aussi notre classement par le Gartner. Je dirais que notre approche est similaire à celle de Talend dans l'ETL. En effet, contrairement aux solutions propriétaires d'IBM ou d'Oracle, par exemple, nous commençons par des projets de taille moyenne le plus souvent au niveau départemental, mais nous ciblons les mêmes entreprises qu'eux, à savoir des sociétés du midmarket aux grands comptes », précise Miguel Valdés-Faura, président-directeur général de BonitaSoft.



Miguel Valdés-Faura, président-directeur général de BonitaSoft

Des législations difficiles à intégrer dans les ERP

Le cofondateur de BonitaSoft met aussi en avant les avancées du logiciel libre dans les autres applications métiers et prend comme exemple des éditeurs leaders comme Talend, Jaspersoft ou Pentaho, même s'il le reconnaît, c'est plus compliqué dans certaines catégories à l'instar des ERP.

De son côté, Denis Dorval, vice-président EMEA et APAC d'Alfresco estime que le niveau de maturité des solutions libres est incomparable dans la compréhension et dans la couverture des offres depuis 2006. « Même sur le segment des ERP, les offres existent comme Compiere ou Open ERP, mais, je le conçois, elles ne sont pas forcément aussi abouties que certaines solutions propriétaires. Les métiers induisent des spécificités et des obligations légales diverses et les développeurs ne sont pas forcément très proches des métiers. De plus, les solutions métiers nécessitent des financements conséquents pour les éditeurs Open Source. Cela dit, je pense que l'avenir des solutions métiers en Open Source passera par le Saas et le cloud car de moins en moins d'entreprises voudront déployer des solutions de ce type en interne ».

L'Open Source taillé sur mesure pour le cloud ?

Dans le monde du cloud, le logiciel libre est de plus en plus sollicité par les fournisseurs pour offrir des services dédiés. On peut notamment prendre l'exemple très médiatisé du cloud souverain Cloudwatt qui se base sur OpenSstack pour son IaaSs ou encore d'Ikoula qui a récemment fait le choix de Cloudstack de Citrix pour ses offres de Cloud privé. « L'Open Source est un choix judicieux pour rattraper le retard pris par les Européens et la France face au géant Amazon EC2, qui, de mon point de vue, s'est imposé comme un standard propriétaire de fait dans le monde du cloud IaaS », analyse Sébastien Goasgen, évangéliste cloud computing EMEA chez Citrix. Pour l'IaaS, l'Open Source compte aujourd'hui quatre « grandes » plateformes : OpenStack,  Cloudstack de Citrix (dont la version commerciale Cloud Platform), Eucalyptus et OpenNebula, toutes ont une interface ouverte vers Amazon EC2. « En tant qu'intégrateur, cela ne nous pose pas de problème d'avoir des plateformes différentes qui ne répondent d'ailleurs pas vraiment aux mêmes besoins. Par exemple, nous positionnons OpenStack comme un concurrent d'Amazon EC2 au niveau de l'infrastructure alors que CloudStack est fortement axé sur la virtualisation autour des offres de Citrix. L'OpenStack reste une cible privilégiée pour nos clients  qui veulent faire de l'Amazon EC2. De plus, il y a une compatibilité des API pour faciliter la migration entre ces plateformes », explique Yacine Kheddache, directeur technique de l'intégrateur Alyseo.

Deux arguments sont souvent mis en avant pour le choix du libre, le prix et un développement plus rapide et agile. « Au-delà du prix, le développement est un argument de taille, car comme tout le code est en Open Source, tout le monde, c'est-à-dire la communauté, peut participer. Il y a un feedback permanent entre les utilisateurs et les développeurs. Résultat, chez Citrix pour Cloudstack, nous disposons d'une release tous les quatre mois. Bien sûr, nous rassurons nos clients pour que la migration se passe bien avec des updates qui respectent un calendrier », précise Sébastien Goasgen.

Des offres PaaS trop verrouillées

Si le logiciel libre permet de rentrer dans une forme de productivité pour la partie infrastructure du Cloud (IaaS), ce n'est pas forcément le cas pour le PaaS par exemple. Concernant les plateformes de développement PaaS, on trouve deux solutions Open Source avancées vraiment ouvertes, à savoir OpenShift de Red Hat et CloudFoundry de VMware. Il en existe d'autres, mais pour Red Hat et VMware, ces autres offres existantes en Open Source restreignent généralement les possibilités à un cadre de développement défini par le créateur de la PaaS. Cela dit, pour l'heure, selon le point de vue personnel de Sébastien Goasguen, les plateformes libres ne rivalisent pas encore avec Windows Azure dans sa démocratisation et son exploitation. « Autant en IaaS, nous disposons de standards bien définis, mais au niveau PaaS, c'est moins vrai, les offres sont encore verrouillées, en effet, le support de la communauté reste un élément essentiel dans l'élaboration de composants », admet Sébastien Goasguen qui met aussi en garde sur une trop grande dispersion des initiatives et de certaines contributions opportunistes non viables dans la durée. « La dispersion des développements est possible s'il n'y a pas de suivi, certaines contributions ne sont pas assez génériques. C'est donc aux éditeurs d'établir des roadmaps et des méthodologies sur les extensions produites par la communauté, animer une communauté coûte cher, c'est important de le dire », insiste Miguel Valdés-Faura. Pour Denis Dorval, les contributions concernent essentiellement, pour son activité, des corrections de bug et l'ajout de modules additionnels au-dessus de la plateforme, mais ne concernent plus le coeur de la plateforme comme c'était auparavant le cas, un vrai signe de maturité supplémentaire selon lui ...

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