Une filière déjà bien implantée, mais à renforcer...

La maturité, l'Open Source la doit aussi aux initiatives soutenues par les pouvoirs publics et la multitude d'associations et d'organisations existantes en France. « Nous avons de la chance en France d'avoir de nombreux organismes comme l'April ou encore l'Aful qui promeuvent le logiciel libre et l'Open Source. Ce n'est pas le cas dans de nombreux pays, dont des pays voisins au nôtre, nous pouvons aussi nous féliciter de la circulaire Ayrault signée en octobre 2012 », résume Philippe Desmaison, directeur technique de Suze pour la France. En effet, cette circulaire, qui semble faire l'unanimité chez tous nos interlocuteurs, a été diffusée en octobre 2012 en invitant tous les ministères à faire un bon usage du logiciel libre dans tous les services de l'État.

« C'est incontestable, il y a une forte culture du logiciel libre et de l'Open Source en France, soutenue par les pouvoirs publics. Mais ce qui drive aussi l'Open Source, c'est l'innovation et nous disposons de vraies réussites dans ce domaine, à l'instar de Talend, par exemple, mais aussi de Bull dans le HPC, dans le cloud et dans le big data. Nous avons toutes les briques nécessaires, mais il faut maintenant passer à la vitesse supérieure, notamment renforcer la filière. La circulaire Ayrault est, dans ce sens, une étape importante... Toutes ces initiatives favoriseront l'émergence d'éditeurs leaders », justifie Jean-Christophe Spilmont, directeur market intelligence chez Bull. À titre indicatif, l'auteur de la circulaire - M. Jean-Marc Ayrault - pour son dernier voyage officiel au Canada et au Québec le 15 mars dernier, a emmené dans ses bagages Linagora, l'une des success-stories à la française du logiciel libre.

Au-delà de la circulaire Ayrault, pour Yacine Kheddache, les administrations, surtout les établissements territoriaux, sont encore rares à utiliser l'Open Source hormis la région Bretagne, très en pointe. « C'est globalement dommage ce manque de volonté, car tous les développements sont reversés à la communauté, cette vision globale pourrait ainsi profiter à tous et générerait de nombreux emplois. Cette directive doit être accompagnée d'une gouvernance sur les solutions et les usages... », regrette le directeur technique de l'intégrateur Alyseo.

L'Open Source manque-t-il de vrais leaders ?

« C'est vrai, il manque des sociétés à l'image de Microsoft, d'Oracle et autres SAP, mais cela change, c'est une question de temps... Je pense que dans les deux prochaines années, on va assister à des entrées en bourse très remarquées du moins aux États-Unis. En France, c'est plus compliqué de trouver des investissements pour se développer, notamment à l'international, même si l'Open Source y est fortement implanté, je rencontre, ici à San Francisco, des entrepreneurs français qui veulent démarrer aux États-Unis, c'est plus simple », constate Miguel Valdés-Faura, PDG et co-fondateur de BonitaSoft. Pour nos interlocuteurs, ce manque d'éditeurs « de grande envergure » est aussi lié à la forme même du marché.




Philippe Desmaison, directeur technique de Suze pour la France

En effet, l'Open Source représente à la fois des communautés et des éditeurs commerciaux. Il faut donc prendre l'ensemble de toutes les ressources et les compétences Open Source comme celles qui travaillent, par exemple, autour d'OpenStack. Mais, dans ce cas, on se trouve aussi avec des éléments très hétérogènes. « Il y a effectivement des éléments très hétérogènes dans l'Open Source d'où notre rôle d'intégrateur, il faut mettre en place des marchés de support de logiciels libres, c'est ce que nous essayons de faire, un guichet unique avec des structures de projets pour gérer tous les composants. Cela permet de construire aussi une relation dans la durée. Dans ce cas, nous pouvons également parler d'une certaine forme de maturité », souligne Philippe Montargès, cofondateur d'Alter Way.

Dénoncer les contrats-cadres

Pour le dirigeant, ce qui pénalise aussi le logiciel libre aujourd'hui, c'est une faiblesse dans l'exécution des projets, car il y a beaucoup de contrats-cadres, signés sans appel d'offres comme celui du ministère de la Défense avec Microsoft en 2009. Ce contrat-cadre, d'une durée de 4 ans, a permis au ministère de la Défense un droit d'usage d'un certain nombre de produits Microsoft et de services associés ainsi qu'une levée d'option d'achat pour l'acquisition de l'ensemble des logiciels à l'issue du contrat. Aujourd'hui, après 4 ans d'existence, le site Internet PCImpact a récemment révélé que ce contrat serait en renégociation avec Microsoft. Si tel est le cas, ce contrat est aujourd'hui en total opposition avec la circulaire Ayrault. L'April (Association de promotion et défense du logiciel libre) a d'ailleurs pris en charge ce dossier en publiant un communiqué pour réclamer plus de transparence. Une affaire à suivre donc...

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