Huawei : la 5G SA d'abord, la 6G attendra 2030

Le stand de Huawei au MWC 2026 débordait de démonstrations technologies en télécoms, réseau et stockage. (Crédit P.K.)

Le stand de Huawei au MWC 2026 débordait de démonstrations technologies en télécoms, réseau et stockage. (Crédit P.K.)

La 5G n'a pas encore livré tout son potentiel que la 6G pointe déjà à l'horizon. Au Mobile World Congress 2026 de Barcelone, Huawei a dressé une feuille de route dense pour les réseaux mobiles de demain : standardisation de la 6G attendue pour 2029-2030, lancement de produits radio 5G indoor pour l'industrie, transition vers les batteries lithium pour une meilleure résilience énergétique des stations de base, et personnalisation des services pour améliorer la monétisation des réseaux. Le tout, avec l'IA en fil conducteur.

Si la 6G suscite un intérêt croissant dans l'industrie des télécommunications, les équipementiers télécoms comme Huawei appellent à la patience et à la rigueur. La standardisation de la norme radio est entre les mains du 3GPP, et la première release de spécifications n'est pas attendue avant 2029-2030. Les produits commerciaux n'arriveraient sur le marché qu'un à deux ans plus tard. « Le projet 6G a un plan de normalisation bien défini. La première release devrait être spécifiée en 2029-2030, donc les produits arriveraient un ou deux ans après », nous a précisé un porte-parole de Huawei France, lors d'une visite du stand du fournisseur au MWC 2026.

La 6G, une révolution mesurée et encore lointaine  La bande de fréquences centrale de la future 6G sera l'Upper 6 GHz, un spectre de 700 MHz qui vient d'être attribué au réseau mobile en Europe, après une longue bataille avec le WiFi. La bande Lower 6 GHz a quant à elle été dévolue au WiFi 6. Aux États-Unis, la même bande Upper 6 GHz a été allouée au WiFi depuis plusieurs années : une décision que les Américains regrettent aujourd'hui, constatant qu'ils manquent désormais de spectre en bande moyenne pour leurs déploiements mobiles. La concurrence avec le satellite constitue un autre défi : des opérateurs comme Starlink cherchent à utiliser les fréquences mobiles pour atteindre directement les terminaux des abonnés, ce qui pose des problèmes d'interférences transfrontalières en Europe.

Sur le plan technologique, la 6G représentera une évolution moins spectaculaire que le bond réalisé entre la 4G et la 5G. « La marche sera moins haute entre la 5G et la 6G qu'entre la 4G et la 5G. Le saut majeur avait déjà été fait sur la partie radio et les fréquences. La 6G impactera surtout le coeur de réseau et l'intégration de l'IA », souligne le représentant de Huawei. Dans ce contexte, les opérateurs français, encore en plein déploiement de la 5G standalone (SA), demandent à Huawei de ne pas précipiter la transition : ils souhaitent d'abord finaliser leurs infrastructures 5G et rentabiliser leurs investissements avant d'embrasser la 6G.

La 5G indoor industrielle, une priorité pour 2026  En attendant la 6G, Huawei mise sur un marché qui monte rapidement en puissance : la 5G indoor dédiée aux usages industriels. L'équipementier prévoit de lancer cette année ses premiers produits radio indoor pour la bande 3,8-4,2 GHz, spécifiquement pensés pour les usines, les entrepôts et les sites industriels. Cette bande, harmonisée au niveau européen pour des usages indoor à faible puissance, bénéficie en France de licences locales délivrées par l'Arcep, permettant à toute entreprise de déployer son propre réseau 5G privé sur son site. « Normalement, cette année, nous allons sortir les produits indoor pour cette bande, qui permettrait de faire massivement du 5G industriel », confirme le porte-parole. Ces équipements, dont la taille se rapproche d'un simple boîtier WiFi mural, représentent une solution discrète et puissante pour connecter les machines, robots et capteurs dans des environnements fermés. Le marché du réseau privé 5G, longtemps sujet de discussions, commence ainsi à se concrétiser en France.

Lithium, IA et monétisation : les chantiers des opérateurs  Au-delà du spectre radio, Huawei accompagne les opérateurs français dans une transformation profonde de leurs infrastructures. Le remplacement des batteries au plomb par des batteries lithium sur les stations de base est désormais une priorité. Ces batteries, plus capacitives, permettent non seulement d'assurer la résilience du réseau en cas de coupure, mais ouvrent également la voie à des services dits de « virtual power plant » (VPP) : les opérateurs peuvent ajuster dynamiquement leur consommation électrique en fonction des besoins du réseau ERDF, améliorant ainsi leur bilan carbone et leur conformité CSRD. « Les opérateurs sont en train de tester et de remplacer les vieilles batteries au plomb par des batteries lithium. Cela leur permet de créer un revenu à partir de batteries qui sont là, à la base, pour faire de la résilience du réseau », résume le porte-parole de Huawei France.

L'intelligence artificielle est également intégrée à tous les niveaux du réseau : gestion dynamique des ressources, amélioration de la résilience et optimisation de la consommation électrique. Le trafic généré par les agents IA, qui fonctionnent en continu contrairement aux utilisateurs humains, entraîne par ailleurs un rééquilibrage progressif entre les flux descendants et montants sur les réseaux mobiles - un défi pour les infrastructures actuelles. Enfin, les opérateurs s'orientent vers une personnalisation accrue de leurs services pour améliorer leur ARPU (revenu moyen par utilisateur). Huawei les accompagne dans le déploiement de couvertures dédiées aux axes de transport - lignes TGV en tête - pour vendre des forfaits à qualité de service garantie. « L'idée, c'est de pouvoir dynamiquement adapter le réseau pour qu'il réponde aux SLA de tous les utilisateurs. Des forfaits spécifiques pour les lignes TGV, ça marche déjà en Chine », note le représentant. En France, les opérateurs continuent de déployer leurs équipements le long des axes ferroviaires, même si la commercialisation de ces offres premium reste encore un chantier, autant technologique que marketing.

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