Pour Michaël Weber, responsable anti-piratage pour l'Europe du Sud et de l'Ouest d'Adobe et nouveau président France pour la Business Software Alliance (BSA), les DSI ou les décideurs IT ne contrôlent pas la durée de vie des applications sur le long terme faute d'outils dédiés comme le déploiement de programmes d'urbanisation ou de cartographies ou la mise en place d'une solution de software asset management. «La gestion des applications nécessite de déployer des outils de gouvernance », insiste Michaël Weber. Ajoutons au manque d'outils, une absence de communication entre les différents services. Les équipes métiers sont peu ou pas impliquées dans la gestion des applications et sa rénovation. Il en va de même pour les développeurs et les responsables de maintenance.
Un avis que partage Michaël Weber qui insiste que les premiers concernés, à savoir les services d'achats doivent être parfaitement coordonnés avec les services informatiques. Il faut savoir qui fait quoi ? Comment les applications sont-elles déployées et s'assurer de la véracité des licences. Car le problème de gestion des licences est souvent considéré comme « annexe » par les responsables en entreprise. Et pourtant, les éditeurs ont des experts et des compétences en interne pour travailler en amont sur ce sujet et aider les entreprises clientes. « Il faut réveiller les consciences des entreprises pour qu'elles impliquent les éditeurs dans leur gestion des applications » insiste Michaël Weber.
Il faut aussi reconnaitre que pour les entreprises, il n'est pas évident de rationaliser le parc applicatif face à des législations internationales toujours plus contraignantes, les entreprises comptent sur leur système d'information pour instaurer, maintenir et respecter ces réglementations en vigueur. Un avis que partage Fréderic Richer, directeur Marketing EMEA de Serena Software, spécialiste de la gestion applicative qui constate, au travers de son expérience que les lois alourdissent les projets de rationalisation.
La responsabilité des métiers aussi en cause
D'autre part, un autre phénomène a complexifié l'optimisation et la rationalisation des applications, c'est le déploiement, dans certains services, d'applications temporaires qui ont une durée de vie courte (application dédiée à un événement par exemple) ou même quelquefois permanente. Certes, ces programmes répondant à un besoin précis, mais il est difficile de récupérer les données en cas d'arrêt de fonctionnement de ces applications. « Ces déploiements sont fréquents dans les entreprises, les métiers n'attendent même pas l'accord du service informatique, car ils estiment, souvent à juste titre que la validation prend beaucoup trop de temps. Et pour cause, les services informatiques sont submergés de travail sur la maintenance et les réseaux», explique Frédéric Richer. Pour Pascal Gendron, consultant technique chez CA Technologies, dans certains cas, les DSI n'hésitent pas à bloquer les machines afin d'empêcher les métiers d'aller à l'extérieur.
On le voit bien, la rationalisation d'applications reste un défi assez complexe à relever pour l'entreprise. Et pourtant, celle-ci peut s'avérer nécessaire, car elle dégage des marges de manoeuvre pour déployer des solutions nouvelles davantage normalisées, plus évolutives et plus faciles à maintenir. Les estimations d'une rationalisation se traduisent par des économies de 10 % à 30 % rien que dans les budgets de maintenance. Néanmoins, cette rationalisation et plus généralement cette modernisation du SI, les entreprises y réfléchissent de plus en plus. «Les roadmaps sont dans les cartons, les entreprises se posent déjà les questions de savoir, ce qu'elles doivent faire demain» conclut Philippe Roques.
Encadré : De nombreuses applications piratées !
Il est clair qu'une partie des 50% d'applications qui devrait être retirée dans les entreprises selon l'étude de Capgemini est liée au piratage. Un certain nombre d'applications déployées par les salariés ou des tiers échappe au service informatique en interne. «Selon notre dernière étude qui remonte à 2010, 39% des applications en France sont piratées, ce qui représente un manque à gagner de plus de 1,9 Md d'euros, ce chiffre est globale et couvre à la fois les secteurs professionnel et grand public, nous n'avons pas de données précises concernant le piratage en entreprise » indique Michaël Weber, nouveau président France pour la Business Software Alliance (BSA) et responsable anti-piratage pour l'Europe du Sud et de l'Ouest d'Adobe.
Pour le président de la BSA, la France est une priorité dans la lutte contre le piratage. « Nous avons lancé une campagne de sensibilisation à Marseille, nous avons aussi des outils sur notre site pour prévenir des risques du piratage. Au final, si nos méthodes sont différentes de celles des Anglo-saxons, à savoir moins répressives, le BSA peut intervenir plus sévèrement avec des sanctions» reconnait Michaël Weber. Et, il y a fort à faire pour le BSA. Un chiffre : seulement 41 % des Français pensent que les droits de propriété intellectuelle sont bénéfiques pour l'économie locale contre 59% pour le reste du monde. Parmi les types de piratage répandus figure l'installation sur plusieurs ordinateurs d'un logiciel acheté en un seul exemplaire. Autre problème, les entreprises et les Français en général ne contrôlent pas l'utilisation des logiciels sur le long terme. Les conséquences sont fortes sur les éditeurs et les fournisseurs, le vol de logiciels freine l'innovation informatique, la création d'emplois et la croissance économique.
Illustration principale : Michaël Weber, responsable anti-piratage pour l'Europe du Sud et de l'Ouest d'Adobe et nouveau président France pour la Business Software Alliance (BSA)







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