Le marché français des PC et des serveurs X86 d'occasion représente environ 1 million d'unités par an. Seule une partie de ces matériels est revendue aux entreprises, majoritairement des PME. Les marges sont faibles mais restent plus élevées que sur le marché du neuf.
Selon GFK, la moitié des 2,5 millions de PC mise au rebut chaque année en France est reconditionnée et revendue sous forme de pièces détachées et aussi, en majeure partie, sous forme de produits complets. Un chiffre en phase avec celui que fournit Laurent Lamoureux (en photo), le directeur recyclage et brokerage de la SSDI Econocom : « La filière française du marché de l'occasion représente 1 million d'unités, dont 95 % sont constitués de produits en architecture x86 - serveurs, PC et périphériques. »
Un marché concentré sur les PME
Aux dires des différents acteurs interrogés, les ventes de ces produits d'occasion sont quasiment stables même si certains font état d'une croissance solide. En 2012, toutefois, l'activité des membres de la filière de la seconde main pourrait pâtir d'un manque de sources d'approvisionnement. « La crise et la pénurie de disques durs ont incité certaines entreprises à ne pas renouveler leur parc», affirme en effet Christian Rouch, PDG de Bis Repetita, un broker en matériels d'occasion.
Si les entreprises constituent un vivier de choix pour la récupération de matériels, elles ne représentent pas forcement la cible principale des acteurs de la filière de l'occasion. Cela s'avère encore plus vrai pour les PC que pour les serveurs. « La plupart d'entre elles recherche des produits performants et neufs, tandis que l'occasion séduit plutôt les associations, collectivités, particulierset très jeunes sociétés », constate Franck Genty, directeur des marchés IT et entreprises chez Leasecom. En dehors de ce spectre, l'essentiel de la demande vient des PME, pour lesquelles l'argument premier est le prix. Un matériel de seconde main peut se négocier de 50 % à 80 % moins cher que son tarif initial, et 20 % de moins qu'un produit neuf sensiblement équivalent. « Nous revendons au tiers du prix du neuf, soit environ 5000 €, à des cabinets d'architectes, des stations de travail HP 8 coeurs initialement achetées par Airbus ou Total », donne en exemple Philippe Vernin, cogérant de Sorepi. Créé en 2005, ce petit revendeur sur le web a réalisé un chiffre d'affaires de 600 000 € en 2011 et une croissance de l'ordre de 10 à 15 %, pour 250 à 300 produits vendus par mois. La croissance de l'entreprise n'est ce pendant pas forcement représentative de celle de son secteur d'activité : « Le marché est modérément dynamique, indique ainsi Philippe Vernin. Cependant, de plus en plus d'entreprises se tournent vers l'occasion, réalisant que les technologies n'évoluent pas si vite que cela ».
Compatibilité et green IT motivent certains grands comptes
Du côté des grands comptes français, il semble que très peu d'entre eux renouvelle leur parc de PC et de serveurs x86 sur le marché de l'occasion. De par les volumes qu'elles commandent, ces entreprises obtiennent en effet d'excellentes conditions d'achat auprès des constructeurs. « Les comportement sont différents en Grande-Bretagne et en Allemagne où l'on achète plus volontiers des matériels d'occasion ou chez des assembleurs », signale Laurent Lamoureux. Pour autant, les grands comptes français ne sont pas totalement fermés. « De rares grandes entreprises veulent compléter un parc de PC en conservant les mêmes modèles, ou récupérer les pièces détachées », constate Lars Bickmann, directeur de Dataserv France, un revendeur de matériels reconditionnés. Plus particulièrement pour les serveurs x86, il existe aussi une demande pour des machines strictement identiques, afin de faire fonctionner des applications et des systèmes existants sans se soucier d'avoir à réinstaller les bons pilotes ou à tester la compatibilité. Car ces questions se posent même dans un monde x86 en principe très standardisé.
D'autre part, les grandes entreprises commencent à voir dans la seconde main, l'un des ingrédients d'une démarche écologique. « Il y a un début de changement des comportements. Nous le favorisons en montrant qu'un produit éco-recyclé émet 75% de CO2 en moins qu'un produit neuf puisqu'il ne déclenche pas de processus de fabrication », explique ainsi Régis Robin, responsable développement durable et qualité chez le grossiste Itancia qui reconditionne également des matériels.
Un marché concurrentiel à marges modestes
De plus en plus concurrentiel, le marché des matériels d'occasion X86 voit arriver de nouveaux acteurs - brokers, boutiques et sites Web - mais aussi de vieux brokers de serveurs propriétaires ou de PABX soucieux de compenser une activité déclinante. « Trop éclaté, ce marché a besoin d'être structuré et l'offre doit mieux rencontrer la demande », estimed'ailleurs Franck Genty de Leasecom. A cette compétition exacerbée s'ajoute celle des revendeurs de produits déstockés comme Cleword, qui rachètent aux constructeurs des fins de séries. Enfin, les coûts décroissants des matériels neufs ajoutent une pression supplémentaire sur les prix.
Difficile toutefois de connaître l'impact exact de cette compétition sur les marges des revendeurs d'occasion, car celles-ci s'avèrent plus difficiles à calculer que sur le marché du neuf. « Ce n'est pas le même métier car il faut trouver lesproduits et les reconditionner. De plus, il y a une prise de risque sur les lots », explique Christian Rouch (Bis Repetita). Chez Sorepi, les machines sont revendues sur le Web avec une marge brute de 40 % mais c'est sans compter l'effort de test et de reconditionnement des produits, et de promotion du site Web. Pour sa part, iPCZEN, une boutique spécialisée dans le matériel x86 professionnel d'occasion, préfère prendre à sa charge la réinstallation de Windows et autres logiciels afin de gonfler ses marges. Au final, il semble toutefois que les marges nettes sont tout même deux à trois fois plus élevées que dans le neuf, où elles n'excèdent plus guère 5 %.De plus, elles peuvent s'envoler sur certains produits, lorsque la recherche de compatibilité tire les prix vers le haut. Enfin,comme dans le neuf, des extensions de garanties permettent d'arrondir les marges. Par exemple iPCZEN propose cette prestation pour 79 € à 149 € (2 à 3 ans).
La DEEE booste indirectement le marché
La réglementation DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques) oblige les constructeurs à éliminer ou recycler les équipements qu'ils ont initialement livrés. Afin de récupérer de la valeur, ces fournisseurs ont tout intérêt à remettre en état et reconditionner ces équipements pour les revendre sur le marché de l'occasion. « Mais la DEEE n'a pas forcément dynamisé le marché car si elle augmente l'offre sur le marché de l'occasion, elle ne génère pas pour autant une demande supplémentaire », constate Lars Bickmann de Dataserv. D'autant que cette réglementation n'est pour l'instant contraignante que pour le marché grand public. « Elle commence toutefois à modifier les comportements des entreprises soucieuses de leur image. Et ce sera de plus en plus le cas car les exigences réglementaires seront de plus en plus fortes », prévoit Régis Robin d'Itancia.







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