Face à la concurrence, le fondeur de Santa Clara riposte avec sa dernière puce Xeon 6+, le GPU Xe3P et la carte Ethernet E835. Le mot d'ordre est efficacité énergétique et réduction des coûts liés à l'IA.
A l'occasion du salon Computex qui se déroule à Taïwan du 2 au 5 juin, Intel a fait plusieurs annonces pour équiper les serveurs. En premier lieu, il a présenté sa dernière puce Xeon 6+ que le fondeur avait dévoilé en mars dernier lors du Mobile World Congress. Connue sous le nom de code Clearwater Forest, elle est basée sur un socle combinant un total de 12 unités de calcul fabriquées à partir d'un mélange de processus de fabrication Intel 18A node, Intel 7 et Intel 3.
La puce Xeon 6+orientée efficacité
Dans le détail, la puce Xeon 6+ reprend le socket existant de la plate-forme serveur Xeon, avec 12 canaux mémoire (jusqu'à DDR5-8000), jusqu'à 576 Mo de cache de dernier niveau, 96 voies PCIe 5.0 et 64 voies CXL 2.0. La puce contient 288 coeurs E (basse consommation), pour plus d'efficacité, avec une structure intégrée à large bande passante pour relier deux puces dans une configuration bi-sockets. Rappelons que le fondeur a divisé sa famille Xeon en deux catégories : la gamme P avec des coeurs haute performance et la gamme E avec des coeurs basse consommation assurant une meilleure performance par watt.

La puce Intel Xeon 6+ pourra comprendre jusqu'à 288 coeurs basse consommation. (Crédit Intel)
Une architecture qui selon la société permet de réaliser des gains de performances supérieures de 30% à nombre de coeurs égal, une efficacité énergétique améliorée de 60 % et une consommation électrique en rack réduite de 38 % par rapport à la version précédente Xeon Sierra Forest. « Nos clients nous disent constamment que les équipements deviennent trop cher et trop énergivore. C'est pourquoi nous prenons en compte tous ces aspects dès la conception de nos produits », indique Kira Boyko, directrice de la gamme de produits Xeon E-Core au sein du groupe Data Center d'Intel. Les clients pourront se servir de la fonction AET (application energy telemetry) pour obtenir une visibilité en temps réel sur la consommation d'énergie des workloads. « Cela permet une meilleure orchestration et un réglage plus précis des charges de travail » a déclaré la dirigeante. Avec cette puce, Intel vise les fournisseurs de service cloud, mais aussi les opérateurs télécoms déployé des RAN (réseau d'accès radio), le coeur 5G et l'edge. Les premiers serveurs dotés de la dernière puce Intel commencent à apparaître comme ceux de Supermicro.
Le GPU Xe3P pour l'IA agentique
En parallèle de la puce Xeon 6+, Intel a présenté le GPU Xe3P dont le nom de code est Crescent Island. « Il a été conçu spécifiquement pour la prochaine génération d'agents IA », a expliqué Anil Nanduri, vice-président des produits IA au sein du groupe Data Center d'Intel. Il ajoute, « nous nous concentrons sur une inférence économique pour les datacenters ». Pour cela, « il n'y a pas de support graphique traditionnel, ni de 3D. En supprimant certaines de ces fonctionnalités, nous avons pu optimiser la surface et la puissance de calcul pour améliorer les performances pour l'IA », glisse le dirigeant.

Le GPU Xe3P opte pour de la mémoire LPDDR5 plutôt que de la HBM. (Crédit Intel)
Contrairement à la concurrence Nvidia et AMD qui s'appuie sur la mémoire HBM4, Intel a opté sur la mémoire LPDDR5X (jusqu'à 480 Go), généralement utilisé dans les PC et les smartphones pour son faible coût et son efficacité énergétique (avec un TDP de seulement 350 W pour la version PCIe refroidie par air). « Nous avons délibérément choisi pour la mémoire LPDDR plutôt que la GDDR : la mémoire LPDDR5X, avec ses canaux à haute densité, offre une bande passante importante et, surtout, une capacité de mémoire accrue », a déclaré Anil Nanduri. Un choix aussi économique et stratégique face aux contraintes d'approvisionnement des mémoires. La HBM est principalement fourni par trois fabricants : SK Hynix, Samsung et Micron, qui détiennent 95 % des parts de marché, selon une étude de Counterpoint Research. Le marché est aussi tendu sur la LPDDR5X, mais « le réseau de partenaires est plus large pour un assurer un approvisionnement continu » observe Anil Nanduri. La date de disponibilité du GPU Crescent Island n'a pas été précisée.
La carte Ethernet E835 économe en énergie
Intel n'oublie pas la connectivité réseau en levant le vole sur la carte Ethernet E835. Elle affiche un débit maximal de 200G et le support RDMA. Elle comprend plusieurs configurations de ports 2x25G, 4x25G, 2x100G et 1x200G. Il ne s'agit du débit le plus rapide du marché, les cartes réseaux pouvant atteindre 400G, mais Intel met en avant des fonctionnalités de sécurité (support du chiffrement RSA3K et SHA2-384, l'authentification SPDM,...) et son efficacité énergétique. « La carte E835 consomme 47% d'énergie en moins que la ConnectX6 de Nvidia et 28% que la BCM957508-P2100G de Broadcom à pleine charge bidirectionnelle de 200G », a déclaré Brian Neipoky, directeur principal de la gamme de produits Ethernet chez Intel, lors d'une conférence de presse.

La carte Ethernet E835 propose un port à 200G. (Crédit Intel)
Pour Jack Gold, analyste principal chez J. Gold Associates, la stratégie d'Intel est pertinente face à l'explosion des factures liées aux tokens IA et à la forte consommation énergétique liée à leur génération. « Le suivi de la consommation et des coûts permet de réduire les dépenses des centres de données, mais aussi d'anticiper les pannes et de prolonger la durée de vie des puces », souligne-t-il. Néanmoins des défis subsistent pour la société dirigée par Lip-Bu Tan, « Intel ne dispose pas d'une stratégie IA cohérente pour connecter ses marchés PC, centres de données et edge computing » observe l'analyste. Il indique que ces dernières années, Intel n'a jamais été capable d'inquiéter Nvidia sur le marché des GPU après l'abandon de plusieurs produits sous la direction de son ancien CEO, Pat Gelsinger. Mais l'entreprise doit également regagner du terrain sur le marché des processeurs pour serveurs, a-t-il déclaré. Les géants du cloud comme Google, Amazon, Meta et Microsoft ont développé leurs propres CPU basés sur l'architecture Arm, et AMD gagne des parts de marché sur l'architecture x86 en progressant sur la micro-architecture Zen et le nombre de coeurs. « La question est de savoir si l'architecture x86 restera dominante sur ce marché face aux efforts des autres acteurs, principalement basés sur Arm, pour conquérir des parts de marché », conclut Jack Gold.







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