Les trois plus grands fabricants de mémoire mondiaux SK Hynix, Samsung et Micron ne produisent pas suffisamment de mémoires DDR5 pour répondre à la demande. Le chinois CXMT avance ses pions pour atténuer la crise.
Alors que la pénurie de RAM se poursuit sans qu'une issue ne soit à l'horizon, le fournisseur chinois de mémoires ChangXing Memory Technologies (CXMT) manoeuvre pour étendre sa base installée de clients. Jusqu'à présent, cette société (fondée en 2016) vendait ses produits en Chine à des sociétés moins connues de barrettes de mémoire. Mais récemment, sa marque a été découverte sur une barrette DIMM DDR5 de Corsair, grand nom de la mémoire sur le marché grand public. Et la société se prépare à entrer en bourse, dans l'espoir de lever jusqu'à 5 Md$. CXMT est le quatrième fabricant mondial de mémoires, derrière Micron, Samsung et le leader SK Hynix. Sa part de marché serait d'environ 8 % du marché mondial et la plupart de ses clients se trouvant dans son pays d'origine. A noter que CXMT ne fabrique pas la mémoire à bande passante élevée (HBM) qui est aujourd'hui très demandée pour les accélérateurs IA, mais principalement de la DDR5, qui est elle aussi en pénurie.
Un détour sur le site de CXMT permet de rendre compte des types de mémoire qu'il produit et pour quels usages. On trouve ainsi de la DDR5 (serveurs d'entreprise, stations de travail, postes de travail et ordinateurs portables), de la LPDDR5/5X (tablettes, ordinateurs portables, smartphones et accessoires connectés), de la DDR4 (serveurs, décodeurs, ordinateurs portables et de bureau), et de la LPDDR4X (smartphone, tablettes et montres connectées).
Des reins financiers solides
Sur le plan financier, l'entreprise a redressé la barre ces derniers mois. Son chiffre d'affaires au premier trimestre s'est élevé à 50,8 milliards de yuans, soit 7,5 Md$, ce qui représente une hausse de 719 % par rapport à la même période l'année dernière. Le résultat d'exploitation est passé d'une perte de 2,8 milliards de yuans (390 M$) au premier trimestre de l'année dernière à un bénéfice de 35,4 milliards de yuans (5 Md$), avec une marge bénéficiaire de 70 %. La société prévoit d'utiliser les fonds levés lors de son introduction en bourse pour mener une expansion agressive et investir dans des procédés de pointe. La production mensuelle de wafers devrait atteindre 300 000 d'ici la fin de cette année contre 100 000 début 2024. L'entreprise devrait également investir dans des lignes de production pour pénétrer le marché de la mémoire HBM. Et coup de chance : CXMT- ainsi qu'un autre fabricant de mémoires, YMTC - ont été retirés de la liste noire des fournisseurs soumis à des restrictions par le Pentagone et peuvent donc désormais vendre leurs produits aux États-Unis. Cela signifie qu'ils peuvent aussi répondre à des appels d'offres de contrats gouvernementaux américains.
Une question demeure : CXMT peut-elle avoir un impact sur le secteur de la mémoire ? Jim Handy, analyste chez Objective Analysis, affirme que c'est déjà le cas. La société s'est lancée dans la DDR4 en 2023 alors que les grands groupes se concentraient sur le déploiement de la DDR5, et elle a cassé les prix par rapport aux trois principaux fabricants de mémoire, a-t-il déclaré. Les tarifs de la DDR4 sont même tombés si bas que les grands fournisseurs ont tous progressivement abandonné sa production. CXMT a ensuite appris à produire de la DDR5, s'est concentré dessus et a ralenti sur la DDR4. Pendant un certain temps, cela a d'ailleurs fait grimper ses prix au-dessus de ceux de la DDR5. « Tout le monde dans le secteur a été surpris quand cela s'est produit », se rappelle Jim Handy. « Aujourd'hui, les grands fournisseurs réalisent des marges brutes d'environ 80 % sur la DRAM. Et même une entreprise dont les coûts de fabrication seraient deux fois plus élevés que ceux de ses concurrents réaliserait une marge brute de 60 %, le marché favorise donc largement CXMT pour le moment », a-t-il ajouté.
Une baisse de coûts impérative pour résister
Pour autant il existe un risque pour le groupe chinois : la DRAM est un produit de base, ce qui la rend soumise aux schémas typiques de surabondance et de pénurie induits par les déséquilibres entre l'offre et la demande. Or « la pénurie actuelle, due à l'intelligence artificielle, finira par s'inverser. Lorsque ce sera le cas, les grands acteurs verront leurs prix chuter au niveau des coûts », prévient Jim Handy. « Si les coûts de CXMT restent supérieurs à ceux de tous ses concurrents, l'entreprise subira des pertes financières considérables pendant cette période. » Rien n'est vraiment joué ni gagné d'avance sur le brûlant marché de la mémoire.







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