Procès Itanium : HP et Oracle auraient pu se partager Sun

Le temps où les deux entreprises envisageaient de se partager Sun, HP rachetant la partie hardware et Oracle le secteur logiciel, est bien loin.

Dans le procès pour rupture de contrat qui oppose Hewlett-Packard à Oracle, l'un des épisodes les plus surprenants du partenariat malheureux entre les deux entreprises a été évoqué en quelques minutes seulement. Mais cet événement, à savoir les négociations infructueuses pour s'entendre sur le partage de Sun Microsystems, est peut-être l'une des sources de leur rancoeur actuelle. Appelée mardi dernier à la barre de la Cour supérieure du Tribunal de San José, Californie, Ann Livermore, membre du conseil d'administration de HP et ancienne responsable du secteur entreprise de la société, a brièvement évoqué cet épisode alors qu'elle répondait aux questions de l'avocat d'Oracle. Avant de réaliser son offre d'achat de Sun à hauteur de 7,4 milliards de dollars en avril 2009, Oracle avait pris contact avec HP pour discuter de l'éventualité d'un rachat conjoint de l'entreprise en difficulté. L'idée était que HP reprenne le secteur hardware de Sun, tandis que Oracle se réservait la partie logicielle de son activité.

Selon Ann Livermore, HP avait également envisagé d'acquérir la totalité de Sun. Mais, le projet a finalement été abandonné, en partie parce que le constructeur avait constaté que la vente de serveurs de Sun était en déclin. Mais, selon les analystes, le surprenant scénario envisagé par Oracle et HP pour le rachat de Sun pouvait avoir un sens à l'époque. Avant 2009, celui-ci était tout à fait envisageable, notamment parce que les deux entreprises étaient proches. Un tel accord aurait permis d'éviter un changement de positionnement et que les deux partenaires bien accordés deviennent des concurrents frontaux. Finalement, c'est  Oracle qui a pris le contrôle de la totalité de Sun, y compris de son activité serveur.

Aujourd'hui HP accuse Oracle d'avoir rompu son contrat en décidant de ne plus développer de logiciels pour la plate-forme Itanium qui équipent les serveurs Unix du constructeur de Palo Alto. L'éditeur a contre-attaqué, accusant à son tour HP de mensonge et de diffamation.

Le ratage d'une acquisition conjointe


Selon les analystes, en 2009, une acquisition concertée de Sun aurait permis aux deux entreprises de renforcer leurs activités principales, lesquelles étaient complémentaires. « Cela aurait eu du sens de couper Sun en morceaux, d'autant qu'à ce moment-là, HP n'avait pas vraiment de grands atouts ni un grand intérêt à racheter la partie software », a déclaré Charles King, analyste chez Pund-IT. HP avait beaucoup plus d'intérêt à fournir au secteur des grandes entreprises des serveurs Integrity à haute disponibilité via sa division Business Critical Systems (BCS) pour faire tourner les logiciels de ses clients, dont la plupart provenaient d'Oracle. Le rachat de l'activité serveur de Sun par HP aurait favorisé cette activité. « D'un seul coup, la division BCS de HP aurait pu hériter d'une partie importante, si ce n'est de la très grande majorité, des clients de la base de données d'Oracle », a déclaré l'analyste.

Mais, selon Charles King, « les difficultés actuelles de la division BCS montrent aussi que ce rachat n'aurait pas permis de résoudre tous les problèmes d'HP ». Le constructeur a déclaré que les revenus de sa division Business Critical Systems avaient baissé de manière significative l'an dernier, principalement en raison de l'annonce faite par Oracle en mars 2011 de cesser le portage de sa base de données et d'autres logiciels pour les rendre compatibles avec les nouvelles versions de la puce Itanium, au coeur des serveurs Integrity. « HP aurait pu prévoir d'entrer dans le software aussi », a estimé l'analyste. « À l'époque, le constructeur aurait pu se rendre compte qu'il ne lui suffirait pas de tenir le rôle de fournisseur de hardware face à un acteur toujours plus puissant comme Oracle dans le domaine logiciel, et que cela ne tiendrait pas la route sur le long terme,» a déclaré Charles King. « Sa dépendance à l'égard d'Oracle a beaucoup entamé son autonomie en tant qu'entreprise », a-t-il ajouté.

Un héritage hardware difficile à gérer pour Oracle


Mais Oracle aurait pu parfaitement se satisfaire d'un rachat conjoint qui lui aurait permis de conserver les actifs logiciels de Sun, notamment sa base de données Open Source MySQL, son système d'exploitation Solaris et sa plate-forme de programmation Java, et aucun hardware. Aujourd'hui, certains éléments confirment que Oracle a eu le sentiment de ne pas avoir fait une affaire en rachetant l'activité serveur de Sun. Dans un message échangé le 28 juillet 2011, et rendu public au cours du procès, les deux dirigeants d'Oracle laissaient entendre que l'entreprise avait du mal à vendre ses serveurs Sun nouvellement acquis. L'échange comportait plusieurs déclarations critiquant le matériel de Sun.

« Nous avons acheté un chien », écrivait Keith Block, vice-président exécutif chez Oracle North America. « Personne ne veut vendre du matériel Sun ! », écrivait-il encore. » C'est un cochon avec du rouge à lèvres », lui avait répondu Anje Dodson, directrice des ressources humaines chez Oracle. « En terme de stratégie à long terme, HP a probablement pris la bonne décision,» a déclaré Charles King. « C'est peut-être ce qui a contrarié les plans d'Oracle. C'est peut-être là que tout  a commencé ».

Imaginer que les deux entreprises qui s'entre-déchirent aujourd'hui à la barre du tribunal auraient pu racheter Sun conjointement peut paraître étrange. HP et Oracle auraient aussi pu sortir de ce conflit alors que l'actuel co-président d'Oracle, Mark Hurd, était encore à la tête de HP et avant qu'Oracle ne se mette à fabriquer des serveurs. Mais c'était aussi avant que HP ne nomme Ray Lane comme Président exécutif et recrute brièvement au poste de CEO Leo Apotheker, deux ennemis de longue date d'Oracle et de son PDG, Larry Ellison, qu'ils trouvaient tous deux arrogant. « Mark Hurd s'entendait très bien avec Larry Ellisson... Ils ont eu une excellente relation», a déclaré Ray Wang, de Constellation Research.


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