Attendre ou sauter le pas ?

Lucien Crevel, vice-président Audio-vidéo Domotique du syndicat S2ICF : « Les installateurs issus des mondes informatique et télécom peuvent être très à l'aise sur ce marché, mais il leur manque une partie du savoir-faire : l'expérience sur la partie chantier.»

Lucien Crevel, vice-président Audio-vidéo Domotique du syndicat S2ICF : « Les installateurs issus des mondes informatique et télécom peuvent être très à l'aise sur ce marché, mais il leur manque une partie du savoir-faire : l'expérience sur la partie chantier.»

Pourquoi les intégrateurs IT n'ont-ils pas encore massivement franchi le pas de l'affichage dynamique ? Voici les principales raisons de leur hésitation.

Alors que le marché semble mûr, peu d'intégrateurs IT se sont encore lancés dans l'affichage dynamique. Il est difficile sur ce point d'obtenir des chiffres mais, à titre d'illustration, l'organisateur de salons Reed Expositions France a identifié moins d'une centaine d'acteurs provenant du secteur IT sur ce marché, ce qui est peu comparé aux 6000 revendeurs présents sur le salon IT Partners. Le marché de l'affichage dynamique manque notamment de revendeurs régionaux et locaux pour tisser un maillage national de distribution. Car il n'y a pas que des grands projets de déploiement dans ce domaine, il existe aussi tout un tas de marchés locaux (écoles, entreprises, lieux culturels...) à adresser.

Monter en compétences

Parmi les raisons évoquées, il y a la peur de trop se diversifier ou la méconnaissance de ce marché. Mais c'est surtout la partie technique qui préoccupe les intégrateurs. Pour beaucoup, ces solutions d'affichage dynamique sont trop compliquées à installer et ils manquent souvent pour cela de compétences en interne. « Les installateurs issus des mondes informatique et télécom peuvent être très à l'aise sur ce marché, mais il leur manque une partie du savoir-faire : l'expérience sur la partie chantier », explique Lucien Crevel, vice-président Audio-vidéo Domotique du syndicat S2ICF. Chose que confirme l'intégrateur Mac & Co qui, lui s'est lancé très tôt dans l'affiche dynamique : « En tant qu'informaticiens, nous avons facilement acquis les compétences dans la gestion de réseaux. En revanche, tout le câblage nous était étranger », raconte son directeur général Franck Bataille. La solution passe donc forcément par le recrutement d'électriciens. Quant à la complexité des systèmes d'affichage dynamique, Thierry Bilger, président de TC Partners (éditeur du logiciel Videospot) estime que « Ce n'est plus vraiment un problème, comme cela pouvait l'être il y a quelques années. Car, vont arriver sur le marché de plus en plus de solutions simplifiées, prêtes à l'emploi et à des prix attractifs ».

Savoir comprendre les besoins et gérer les contenus

Reste pour les installateurs la question de la gestion des contenus qui tournent sur ces écrans : développer de nouvelles compétences dans ce sens ou externaliser cette partie ? Toujours est-il que pour Sébastien Fernet, chef de groupe Display chez Samsung, il y a bien un problème sur ce point : « Les intégrateurs ont besoin de ressources, car il y a tout un écosystème à mettre en place autour d'une solution d'affichage dynamique ». Mais le plus important, et le véritable challenge, selon Dan Ly, directeur Europe du Sud chez Viewsonic, est d'abord « qu'ils se mettent à niveau sur la compréhension des besoins d'affichage dynamique, lesquels sont très différents entre la grande distribution et les entreprises par exemple ».
Alors, pour accompagner leurs revendeurs, les fabricants ont entrepris plusieurs démarches. Samsung, par exemple, tente de les faire monter en compétences au travers notamment de formations. Il a aussi dévelopé un programme revendeurs afin que les installateurs soient certifiés pour déployer ses produits. « Il n'est pas question de laisser n'importe qui vendre n'importe quoi », prévient sur ce point Sébastien Fernet. « Chez Viewsonic, on construit avec eux : on leur présente notre gamme, ainsi que la chaîne de valeur de ce business, et on répond avec eux aux appels d'offres », explique Dan Ly.

Trop de marchés perdus à cause des TV grand public...

Mais l'affichage dynamique souffre d'un autre phénomène : la concurrence directe des téléviseurs grand public, notamment sur les formats de 42-46 pouces. Ils seraient en effet déployés à la place d'un moniteur professionnel dans un cas sur deux ! Souvent lorsque les clients ont des problématiques de budget - une TV grand public coûtant moins cher - ou quand ils n'ont pas besoin d'un affichage continu (toute la journée), comme dans l'éducation par exemple. Pourtant, les deux types d'écrans n'ont rien à voir. « Ce sont les mêmes écrans en taille, mais ils n'offrent pas les mêmes fonctionnalités. Il y a tout un tas de choses qu'on ne peut pas faire avec une télévision grand public », rappelle Franck Bataille chez Mac & Co. Lesquelles ? D'abord, un téléviseur n'est pas conçu pour fonctionner 16 ou 24 heures par jour comme un écran professionnel (mais plutôt 6 à 8 heures). La luminosité est moindre, donc inadaptée quand l'écran est placé dans une vitrine ou à l'extérieur. Il n'y a pas non plus la possibilité d'orienter l'écran à la verticale (en mode portrait). Et tout un tas de fonctions d'automatisation (allumage, changement de contenus...) sont absentes.
Il y a tout de même un élément rassurant : les études montrent que les clients qui ont fait ce choix en reviennent. Notamment quand ils se rendent compte des restrictions ou lorsque des pixels noirs (donc grillés) apparaissent sur leur écran... Ils migrent alors, dans un second temps, vers de véritables solutions d'affichage dynamique.

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