Huawei veut rester sur le marché des serveurs grâce à l'ARM64

Michael Ma, responsable des activités cloud de Huawei, prépare l'atterrissage de l'écosystème ARM64 avec ses puces Kunpeng 920. (Crédit S.L.)

Michael Ma, responsable des activités cloud de Huawei, prépare l'atterrissage de l'écosystème ARM64 avec ses puces Kunpeng 920. (Crédit S.L.)

Anticipant une future pénurie de semi-conducteurs américains, Huawei mise aujourd'hui sur son écosystème Kunpeng avec le soutien de partenaires chinois comme Tongfang ou Deepin pour assurer le succès de son action commando.

En direct de Shanghai. Avec sa puce ARM64 Kunpeng 920 associée à sa distribution Linux EulerOS, Huawei pourra-t-il réussir ce que SeaMicro, Dell, HPE (Moonshot) et Lenovo avec Nextscale n'ont pas transformé avec leurs serveurs ARM (32 et 64 bits). L'idée était déjà de proposer des serveurs haute densité et basse consommation avec un coût à l'usage meilleur marché (en mesurant les performances-par-dollar et les performances-par- watt) par rapport aux machines x86 aujourd'hui déployées dans les datacenters. En 2015, nous avions encore listé cinq serveurs ARM mono et bi-sockets proposés par GigabyteInventec, Wistron, Penguin Computing et E4 Computer Engineering. Mais faute d'un écosystème applicatif et d'un intérêt limité à celui des fournisseurs de services cloud (AWS et Iliad par exemple), la percée n'a jamais eu lieu sur le marché des serveurs qui reste dominé par les plate-formes x86 d'Intel et AMD.

Au dernier Kunpeng Computing Industry Summit de Pékin, organisé en juillet dernier par le China Electronics Standardization Institute et le Green Computing Consortium, Huawei avait annoncé un investissement de 436 millions de dollars dans l'architecture ARM sur les cinq prochaines années.
 Bien décidé à séduire - pour commencer - ses clients nationaux, le fournisseur chinois a remis sur le devant de la scène à Shanghai, durant sa convention Connect (du 18 au 20 septembre), son processeur Kunpeng 920 (64 coeurs à 2,6 GHz), qui repose sur une licence ARM v8 64 bits. Principale annonce durant la keynote de Michael Ma, responsable des activités cloud chez Huawei, l'arrivée de deux cartes mères pour cette puce : mono-socket pour le marché des desktops et bi-sockets pour celui des serveurs. Des références design de châssis desktop et serveur ont également été annoncés pour permettre à des partenaires de proposer des machines animées par la puce Kunpeng 920.



Proposée aux partenaires intéressés, la carte mère bi-socket Kunpeng 920 est attendue à la fin de l'année. (crédit S.L.)

Une stratégie à 10 ans Acculé par l'administration américaine qui risque à tout moment de couper son approvisionnement en semi-conducteurs (Intel, AMD, Nvidia, Broadcom ou encore Qualcomm), Huawei a décidé d'accélérer son programme de développement ARM64 en incitant ses partenaires à adopter la plateforme. Tongfang, le 2e fabricant de PC en Chine (10 millions d'unités par an), a indiqué qu'il allait travailler avec Huawei pour proposer des PC et des serveurs motorisés par Kunpeng. Li JianhangCTO de Tongfang, a souligné à Shanghai que « le produit Kunpeng était très mature et constituait une bonne base pour construire des machines. Elles arriveront très vite sur le marché ». Un PC 13 pouces, facile à démonter, anti-chute et anti-radiation a été présenté lors de la seconde keynote de Connect. Les principaux clients de Tongfang (grand public, administration chinoise, santé...) pourront donc adopter la plateforme Kunpeng pour soutenir Huawei. La question est aujourd'hui de savoir s'il s'agira uniquement de produits ARM64 pour le marché chinois ou si une commercialisation sera opportune en Europe ? Et qu'en est-il des solutions HCI ou SDDC sur base ARM64 ?

L'an dernier, Qualcomm a tenté -
 sans grand succès - de convaincre les utilisateurs d'adopter des laptops reposant sur ses puces Snapdragon 835. Ces PC portables étaient livrés avec Windows 10 alors que Huawei est obligé de miser sur sa distribution Linux EulerOS qui va être renforcée avec le concours de Deepin. Ce dernier propose une distribution Linux particulièrement appréciée en Asie (80 millions de téléchargements cumulés et 10e au classement Distrowatch). « Avec le concours d'OpenEuler [la version open source d'EulerOS tout juste annoncée par Huawei et disponible le 31 décembre 2019], la prochaine génération de DeepinOS s'attaquera au marché des serveurs », a indiqué Zhang Lei, le CTO de Deepin.

Fort de l'expérience acquise après les initiatives de Dell, Lenovo et HPE sur le marché des serveurs ARM, Huawei a bien compris qu'il lui était impossible de développer un écosystème viable sans partenaires.
 Voilà pourquoi, le chinois a décidé de passer en open source sa distribution Linux pour ARM64 (OpenEuler) et de rendre accessible à ses partenaires ses cartes mères Kunpeng 920. La clef du succès passera sans aucun doute par une adoption très large. Huawei travaille déjà sur sa prochaine génération de puces Kunpeng et, même s'il perd sa licence ARM, il compte poursuivre ses développements pour améliorer ses puces. Mais le succès de sa stratégie ARM passe également par le développement d'applications natives, car même à l'heure du cloud, des services et des logiciels en mode SaaS, les entreprises restent encore attachées à leurs solutions on-premise. Huawei entend également pousser 69 services cloud motorisés par Kunpeng et 43 par Ascend avec des tarifs de 70% inférieurs à ceux que proposent la concurrence. Un point à vérifier dans le détail.



Avec sa famille Atlas, Huawei s'attaque à l'accélération des traitements IA. (Crédit S.L.)

Le HPC en ligne de mire En bonus, le chinois a aussi annoncé qu'une carte accélératrice Atlas 300 (un NPU sur base Da Vinci d'une puissance de calcul de 256 téraflops) et un serveur Atlas 800 (4U avec 8 CPU et refroidissement liquide d'une puissance de 2 pétaflops) sont attendus au premier trimestre 2020. Un complément d'entrée de gamme au cluster Atlas 900 (256 pétaflops) présenté hier. On comprend bien avec toutes ces annonces que Huawei a décidé de faire face aux menaces de sanctions américaines en développant un écosystème chinois capable de séduire des entreprises européennes et africaines. Comme l'a souligné Michael Ma, « une seule fleur ne fait pas le printemps. Nous espérons une forêt d'arbres en construisant des partenariats forts ». Reste à savoir si cela suffira.

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