La situation se tend sur le front des défaillances d'entreprises

Évolution du nombre de défaillances d'entreprises en France sur 10 ans. Illustration : Altares.

Évolution du nombre de défaillances d'entreprises en France sur 10 ans. Illustration : Altares.

En très forte baisse depuis le début de la crise de la Covid-19, les ouvertures de procédures collectives sont reparties en flèche au cours de la seconde moitié du mois de mars. Les mises en liquidation directe ont atteint un niveau record.

Jusqu'ici, les aides de l'Etat aux entreprises ont permis d'éviter que la crise du Covid-19 ne tourne à l'hécatombe. Au point qu'en 2020 le nombre d'ouvertures de procédures de sauvegarde, de redressement et de liquidation directe a atteint son plus bas niveau en 30 ans. A première vue, les choses continuent d'évoluer dans ce sens. Le volume de défaillances d'entreprises a continué de fondre au premier trimestre 2021 pour atteindre 7 406 cas (-32,1% d'une année sur l'autre), selon Altares.  Dans le détail, en revanche, les statistiques du mois de mars montrent qu'un retournement de tendance est peut-être en train de s'opérer, « tant sur le rythme des ouvertures de procédures que sur leur physionomie », précise la société spécialisée dans l'information sur les entreprises.

+155% de défaillances après le 15 mars

En mars, en effet, les défaillances ont commencé par reculer fortement (-48%) au cours des deux premières semaines. Puis, tout a soudainement changé avec une explosion (+155%) du nombre d'ouvertures de procédures collectives au cours des 15 jours suivants. A la même période en 2020 commençait le confinement, le gel des cessations de paiement, la fermeture des juridictions et donc la suspension temporaire des audiences. S'ajoute à cela le fait qu'en mars le nombre de jugement aboutissant à une mise en liquidation directe a atteint un taux de 79%, un niveau jamais atteint en 20 ans.

Sur l'ensemble du premier trimestre 2021, le taux de mise en liquidation directe est d'ailleurs presque aussi fort (77%) qu'en mars avec 5 743 entreprises concernées. En outre, pour 1 493 sociétés placées en redressement judiciaire, seulement 170 ont bénéficié d'une procédure de sauvegarde, soit 51% de moins qu'à la même période en 2020. Tous types de procédures confondues, le nombre d'emploi menacés dans les entreprises concernées se situe juste sous le seuil des 30 000 salariés, soit une moyenne de 4 personnes par employeur. Abstraction faite de la procédure de sauvegarde engagée par le groupe de restauration Flunch, le nombre d'emplois menacés par entreprise serait resté similaire à la moyenne observée depuis cinq ans (3,4).

80% de liquidations directes pour les moins de 3 salariés

Les difficultés pèsent surtout sur les entreprises de moins de trois salariés qui sont concernées par les trois quart des procédures ouvertes au premier trimestre de cette année. Si leur nombre est en recul de 31%, elles se rendent au tribunal de commerce dans une situation financière tellement dégradée que 80% d'entre elles sont directement placées en liquidation. Le taux est quasiment similaire pour les TPE de 3 à 5 salariés. Elles sont 939 (-31%) à avoir fait l'objet d'une procédure entre janvier et mars derniers. S'agissant des entités de 6 à 49 salariés, le nombre de défaillance est en recul de 40%, contre -35% des celles employant de 50 à 99 personnes. Enfin, la situation reste tendue chez les entreprises d'au moins 100 salariés parmi lesquels 23 ont été défaillante au premier trimestre contre 17 un an plus tôt. Toutefois, seules quatre d'entre elles ont été liquidées.

Si le changement radical de tendance enregistré lors de la seconde moitié du mois de mars est préoccupante, c'est qu'il s'est produit alors même que les aides de l'Etat sont toujours en vigueur. Elles prendront fin lorsque l'activité aura suffisamment redémarré, mais les entreprises ne passeront alors pas ce cap sans difficulté. « La question se pose notamment pour les entreprises ayant bénéficié d'un prêt garanti par l'Etat, souligne Altares. Les premières observations communiquées par la Fédération Bancaire Française début avril révèlent que les trois quarts des bénéficiaires choisissent de rembourser le plus tard possible. La Banque de France estimait en début d'année que 4,5 à 6% des PGE auraient du mal à être remboursés. » La même crainte vaut pour les structures qui survivent uniquement grâce au soutien de l'Etat et à des taux d'intérêt bas. Altares en répertorie 63 000 en France, soit 5,3% des sociétés commerciales.

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