Silvano Trotta, président de la Ficome

« Les PME sont écrasées par la nouvelle politique d'achat de l'Etat »

Un an après son élection à la présidence de la Ficome, Silvano Trotta dresse son bilan, celui des actions engagées par son Syndicat et de ses promesses. Surtout, il "aligne" le comportement del'Ugap et les nouvelles politiques d'achat de l'Etat. Distributique.com : Pourquoi alerter l'opinion sur les pratiques de l'Ugap ? Silvano Trotta : Cet organisme est devenu assez monstrueux dans ses pratiques. Plusieurs de nos adhérents remontent des exemples. Dans les réseaux et télécommunications en effet, l'Ugap référence un constructeur et un intégrateur pour les installations de 5 à 100 postes, un autre tandem pour celles de 20 à 5 000 postes. Que fait le premier s'il doit répondre à un appel d'offres sur 120 postes ? Soit il ferme les yeux et avance quand même une proposition, soit il donne le projet à un concurrent agréé pour la tranche supérieure. Je vous laisse deviner la réponse. Des projets sont donc réalisés par des prestataires non agréés et l'Ugap ne vérifie pas. Nous avons ainsi de multiples exemples où le matériel installé ne correspond pas forcément au cahier des charges de l'Usap. De plus, l'Ugap ne référence pas tous les constructeurs, toutes les solutions possibles. Or, nous avons besoin sur le terrain, pour répondre au mieux à nos clients, de la meilleure solution au meilleur moment. Donc, nous avons besoin de toute la palette possible de solutions réseaux. Comme elles ne sont pas toutes référencées à l'Ugap, on perd des compétences en ne référençant pas les nouveaux acteurs de la ToIP, par exemple en messagerie unifiée. J'ai alerté l'Ugap sur cet autre sujet. A force de vouloir centraliser les achats publics, l'Etat s'est coupé des meilleures technologies. Distributique.com : Vous mettez aussi en lumière le rôle d 'un nouvel organisme qui double l 'Ugap ? Silvano Trotta : Le plus incompréhensible reste effectivement la création du SAE, le Service des achats de l'Etat. A côté du catalogue de l'Ugap, l'Etat se dote d'un service centralisé d'achat. Créé par le décret du 17 mars 2009, ce service organise, sous la direction du Ministère du budget, les achats de pratiquement tous les ministères. C'est un rouleau compresseur. Pour obtenir des réductions de coûts, il impose son autorité à tous les ministères et s'étend aux échelons déconcentrés des administrations. Le moindre rectorat va par exemple dépendre de Paris pour le moindre achat. Je veux bien qu'on obtienne des prix réduits en centralisant 10 000 ou 100 000 achats de chaises de bureau, mais pour une installation en ToIP c'est l'intégrateur de proximité qui devrait être le meilleur conseil, c'est également lui qui peut suivre le client et effectuer les mises à jour. Je redoute également, avec la création du SAE, un renforcement des grands acteurs habitués aux marchés publics. Ils vont s'adapter facilement à ces nouvelles procédures nationales et centralisées et renforceront leur tendance à sous traiter localement une partie de leurs contrats. Distributique.com : Vous êtes quand même le pot de terre contre le pot de fer, que comptez-vous faire ? Silvano Trotta : On va se battre. Avec d'autres syndicats, comme la Feb dans l'équipement de bureau. En alertant les parlementaires, parce que cette création du SAE et ses conséquences restent totalement ignorées aujourd'hui. Cette affaire est grave. Derrière une politique qui trouve son origine dans la réduction des coûts de fonctionnement, on trouve aussi une contradiction. J'entends comme tout le monde beaucoup de discours et de promesses sur l'aide aux PME. Mais c'est l'inverse qui va se produire. Nos PME vont souffrir comme vont souffrir les collectivités locales. Prenez la taxe professionnelle, je suis certain que de nouvelles taxes, vont, en cumulé, représenter une somme supérieure à l'ancienne « TP » pour nos PME. Distributique.com : Il y a un an, vous arriviez à la présidence de la Ficome avec une promesse : redresser le nombre d'adhérents. Si au bout d'un an, vous n'aviez pas redressé la tendance vous ne vous représenteriez pas. Avez-vous tenu le pari ? Silvano Trotta : Effectivement, je me représente lors de notre prochaine Assemblée générale du 24 mars. Nous étions dans le rouge avec un nombre de départ supérieur à celui des arrivées. Aujourd'hui, avec 350 adhérents contre 320 il y a un an, nous avons renversé le courant. Plusieurs chantiers sont ouverts. Par exemple des sessions thématiques sur l'hôtellerie, les collectivités locales ou l'hôpital, permettent à nos adhérents de s'ouvrir à de nouvelles compétences. C'est aussi le cas avec la télévision sur IP, une véritable manne. Nous reprenons également contact avec de grands fournisseurs. RIM est venu nous voir, nous avons réalisé avec eux et nos adhérents un « atelier de recherche ». Les adhérents Ficome pourront revendre le serveur de RIM. Cisco est venu nous voir pour toucher nos adhérents traditionnels et Aastra nous a sollicité pour les faire découvrir à des SSII. Distributique.com : Les installateurs passent pour manquer de compétences, notamment en ToIP, comptez-vous réagir ? Silvano Trotta : Nous avons organisé une véritable montée en compétence, avec le Plan innovation Progrès. Une première opération a vu le jour en Ile-de-France en 2009, avec une dizaine de nos adhérents. Ils sont formés pour moderniser leurs entreprises et la développer. Des sessions co-financées par la Drire Ile-de-France et la Ficome. La Drire Alsace va nous accompagner pour une opération similaire sur cette région. Dans le même ordre d'idées, nous regardons de près le sujet des successions. Toute une génération de dirigeants d'entreprise se rapproche de la retraite. Parfois avec une succession familiale directe et l'arrivée de nouvelles compétences. Dans d'autres cas, il faut essayer d'anticiper. Deux de nos administrateurs reçoivent des candidats au rachat et sélectionnent ces candidats. Ils envoient, de manière anonyme, leurs dossiers aux installateurs qui veulent étudier leurs succession. La montée en compétence passe aussi par Qualifcom, le label des télécoms défini au plan européen par l'ETSA. Nous poussons nos adhérents à passer cette qualification, nombre d'appels d'offres demandent si le prestataire a passé une telle certification. 17 de nos membres se sont certifiés Qualifcom en six mois. Au total, 50 de nos adhérents sont certifiés. Nous devons arriver à 350.
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