Accord Google - Apple sur l'IA : quel impact pour Microsoft ?

Si Gemini arrivait également sur les iPhones, Google aurait pour ainsi dire le monopole de l'IA sur les appareils mobiles, excluant ainsi Microsoft et OpenAI de la partie. (Crédit Photo: Geralt/Pix)

Si Gemini arrivait également sur les iPhones, Google aurait pour ainsi dire le monopole de l'IA sur les appareils mobiles, excluant ainsi Microsoft et OpenAI de la partie. (Crédit Photo: Geralt/Pix)

Alors que Microsoft s'efforce d'accroître son avance dans le domaine de l'IA, un possible accord autour de l'intégration de l'outil de genIA de Google dans les iPhones pourrait contrecarrer ses plans.

Grâce à son avance dans le domaine de l'IA, Microsoft est devenu l'entreprise la mieux valorisée de la planète, avec 3 200 Md$ d'actions cotées en Bourse. Cette ascension a été alimentée par sa relation d'investisseur avec OpenAI, le concepteur de ChatGPT, le chatbot d'IA générative (genIA) le plus populaire. Le grand modèle de langage GPT d'OpenAI est aussi à la base de Microsoft Copilot, l'outil d'IA générative que Microsoft intègre dans pratiquement tous ses produits, de GitHub à Windows en passant par Microsoft 365 et bien d'autres encore.

Si bien que, actuellement, rien ne semble pouvoir venir à bout de la domination de Microsoft en matière d'IA. Toutefois, les choses peuvent changer rapidement dans le domaine des technologies et Google et Apple s'y affairent. Les deux entreprises sont en pourparlers pour intégrer Gemini, l'outil d'IA générative de Google, dans les iPhones. Cet accord, s'il se concrétisait, pourrait détrôner Microsoft plus tôt qu'on ne le pense. Mais ce dernier est loin de se reposer sur ses lauriers. La firme de Redmond se démène pour accroître son avance, en recrutant les meilleurs spécialistes de l'IA et en s'efforçant de lancer des versions améliorées de Copilot, quelle commence par ailleurs monétiser.

Pour estimer dans quelle mesure l'accord entre Google et Apple est susceptible, ou non, de changer la donne, plusieurs facteurs sont à prendre en compte. Il faut mettre dans la balance l'impact possible de leur accord et les dernières mesures prises par Microsoft. Sans négliger l'impact que pourrait avoir la législation antitrust américaine (et les gouvernements européens) qui menace ces trois super-géants de la technologie.

Un accord dont le succès bouleverserait le secteur de l'IA

Google et Apple sont donc en pourparlers pour intégrer l'outil de GenIA Gemini de Google à l'iPhone dans le courant de l'année, « préparant ainsi le terrain pour un accord dont le succès bouleverserait le secteur de l'IA », selon un article de Bloomberg, qui a été le premier a dévoilé cette collaboration. Gemini est déjà intégré dans les mobiles Android de Google et ceux d'autres fabricants. S'il arrivait également sur les iPhones, Google aurait pour ainsi dire le monopole de l'IA sur les appareils mobiles, excluant ainsi Microsoft et OpenAI de la partie. Le New York Times présente la situation de la manière suivante : « Pratiquement du jour au lendemain, Google pourrait avoir plus de consommateurs utilisant son IA que son principal rival, OpenAI, qui conçoit ChatGPT ».

L'accord prolongerait une relation de longue date entre Apple et Google : Google verse déjà 18 Md$ par an à Apple pour que son moteur de recherche soit utilisé par défaut sur les appareils de la firme à la pomme. Il mettrait Gemini entre les mains de milliards de personnes à travers le monde, éclipsant la base d'utilisateurs de Microsoft et d'OpenAI. Il aiderait aussi Google à rendre Gemini plus puissant très rapidement. La qualité d'un outil de genIA dépend en effet du volume et de la qualité des données sur lesquelles il est entrainé, et cet entrainement est un processus continu qui améliore constamment la puissance et l'efficacité de l'outil. Avec des milliards de personnes utilisant Gemini chaque jour, Google serait donc probablement en mesure de l'améliorer plus rapidement que ChatGPT et Copilot.

Si tout cela devait se produire, ce serait du déjà-vu pour Microsoft. Il y a plusieurs décennies, l'entreprise détenait, avec Windows, un quasi-monopole mondial sur les systèmes d'exploitation. L'éditeur a également lancé un système d'exploitation mobile - Pocket PC 2000 - sept ans avant qu'Apple ne lance l'iPhone. Son monopole sur les systèmes d'exploitation semblait devoir durer éternellement. Mais iOS (et le hardware de l'iPhone) était nettement meilleur que tout ce que Microsoft avait créé en matière de téléphonie mobile, et Android est ultérieurement parvenu à faire mieux lui aussi. La domination de Microsoft sur les systèmes d'exploitation a pris fin quand les smartphones ont envahi le monde. La même chose pourrait se produire avec l'IA si l'accord Google-Apple se concrétisait : Gemini éclipserait ChatGPT et Copilot grâce aux mobiles.

Microsoft n'a pas dit son dernier mot

Même si l'accord était conclu, Microsoft pourrait toutefois encore dominer le marché de l'IA. L'éditeur, répétons-le, dispose d'une avance considérable et ne considère rien comme acquis. OpenAI a rapidement livré de nouvelles versions plus puissantes de GPT - la version 4 a été publiée en 2023, et il semble qu'une version 5 « matériellement meilleure » sera disponible cet été. ChatGPT et Copilot deviennent donc de plus en plus puissants. Par ailleurs, Microsoft vient d'engager Mustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind, la startup rachetée par Google en 2014, devenue ensuite Gemini. Après avoir vendu DeepMind, M. Suleyman a fondé une autre startup spécialisée dans l'IA, Inflection AI. En outre, Microsoft a non seulement embauché M. Suleyman mais aussi la quasi-totalité de l'équipe d'IA d'Inflection, y compris son scientifique en chef Karén Simonyan. Résultat, Microsoft dispose désormais des meilleurs talents au monde en matière d'IA, qui travaillent soit pour son propre compte, soit pour OpenAI. L'éditeur a aussi commencé à monétiser l'IA. Copilot est à présent intégré à l'ensemble de la gamme de produits de l'entreprise et proposé sous forme de modules complémentaires payants. Microsoft peut ainsi réinvestir ces revenus dans la recherche. Évidemment, il n'est pas certain que Google et Apple concluent un accord. Et même si c'est le cas, rien ne garantit que le succès soit au rendez-vous.

Le joker : les régulateurs gouvernementaux

Au bout du compte, ce ne seront peut-être par Google et Apple qui décideront de la signature d'un accord, mais le gouvernement américain. Google et Apple font tous deux l'objet de poursuites fédérales en matière d'abus de position dominante, et il ne serait pas surprenant que leur collaboration sur l'IA soit également examinée de près. Les autorités fédérales pourraient tenter de la faire échouer avant même qu'elle ne soit signée.

Mais Microsoft a lui aussi ses propres problèmes en matière de législation antitrust en rapport avec d'IA. La FTC (commission fédérale du commerce américaine) enquêterait sur les relations étroites entre l'éditeur et OpenAI, à la recherche d'éventuelles infractions. De sorte que Microsoft pourrait perdre le principal levier qui lui permet d'être en tête dans le domaine de l'IA, à savoir son accord avec OpenAI.

Pour ne rien gâcher, Apple, Google et Microsoft font également l'objet d'enquêtes et de poursuites antitrust dans l'Union européenne et au Royaume-Uni.

Les résultats de ces poursuites et de ces enquêtes pourraient bien déterminer lequel d'entre dominera le marché de l'IA à l'avenir. Difficile de faire des pronostics en faveur de l'un d'entre eux. Trop de choses sont en suspens, y compris une action fédérale potentielle. Ce qui est certain, c'est que les trois entreprises sont engagées dans une course folle, dont ChatGPT, Copilot et Gemini ne peuvent pas prédire le résultat final.

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