Michel Maudet, Directeur Général Adjoint de Linagora

Michel Maudet, DGA de Linagora, estime qu'il manque encore de services pour accompagner les grands comptes dans leurs migrations vers l'univers du libre. Distributique : Linux semble avoir toujours du mal à s'imposer sur le poste de travail en entreprise. L'offre logicielle est-elle au point ? Michel Maudet : Si cela n'était pas le cas il y a encore quelques années, l'offre en logiciels bureautiques traditionnels libres n'est plus à mettre en cause aujourd'hui. Le spectre des principaux besoins est parfaitement couvert : OpenOffice pour le tableur, le traitement de texte, la PréAO et le SGBD, Firefox pour la navigation Internet, Thunderbird pour le courrier électronique. Tout juste pourrait-on remarquer qu'il manque encore un outil d'agenda partagé, qui pourrait être bientôt couvert par un portage du logiciel Evolution de l'environnement graphique Gnome vers Windows. Toutes ces applications répondront parfaitement aux besoins des utilisateurs lambda et ne poseront éventuellement des problèmes qu'aux quelques utilisateurs avancés qui ne pourront, par exemple, pas reprendre directement leurs macros. Les vrais problèmes se situent en fait au niveau des applications verticales, métiers ou spécifiques des grands comptes et des administrations. Celles-ci ne tournent bien souvent que sous Windows et ne disposent la plupart du temps d'aucun équivalent libre. À titre d'exemple, dans un conseil général, on compte pas moins de 70 applications verticales fonctionnant dans une architecture client-serveur avec un client lourd sous Windows. Signalons enfin que les responsables informatiques regrettent souvent qu'il manque d'outils libres de gestion des utilisateurs. On trouve bien quelques outils commerciaux comme Zenworks de Novell, mais pas grand chose issu du domaine libre. Distributique : Que préconisez-vous pour lever ces facteurs bloquant ? Michel Maudet : Le passage au monde du logiciel libre doit être valorisant et source de modernisation et de gains de productivité pour la direction informatique. Se contenter de remplacer Word par OpenOffice ou installer un système d'émulation pour faire fonctionner les applications métiers traditionnelles n'a en soit pas suffisamment valorisant. L'adoption de logiciels libres sur le poste de travail doit donc s'inscrire dans une démarche plus globale de modernisation du système d'information. À titre d'exemple, il peut être l'occasion de moderniser les applications verticales en les faisant passer en mode virtualisé ou Web, mais aussi d'éradiquer l'informatique « noire » (la « cuisine » faite dans leur coin par certains utilisateurs) pour améliorer la gestion du parc ou encore de revoir toutes les procédures de sécurisation du système d'information. Distributique : Peut-être plus facile à dire qu'à faire ? Michel Maudet : Oui. D'autant plus que pour mener à bien une migration, il faut procéder en trois temps : commencer par l'analyse de l'existant, se faire ensuite accompagner pendant la migration proprement dite et, enfin, disposer d'un support et d'une maintenance spécialisés. Or il n'y a à ce jour aucun acteur sur le marché capable de suivre de bout en bout une migration massive vers du libre. Les SSLL excelleront pour aider les grands comptes à analyser leur existant dans la perspective d'une migration totale ou partielle vers du libre mais rares sont celles capables d'industrialiser une telle migration. Quant aux grands intégrateurs, dont c'est habituellement le métier, ils manquent encore la plupart du temps d'offres adaptées au libre. En outre, on trouve très peu d'offres de formation répondant aux questions des utilisateurs les plus avancés. Les formations les plus répandues se contentent, en une journée ou deux, d'évoquer le passage d'un environnement Microsoft vers un environnement OpenOffice, ce qui est aujourd'hui inutile avec OpenOffice 2 pour les utilisateurs de base et insuffisant pour les utilisateurs avancés. Distributique : Plus que les produits, c'est donc l'offre de services autour du libre qui pose problème ? Michel Maudet : Oui. Il reste une grande marge de manoeuvre pour inventer de nouveaux services ou pour conclure des partenariats entre prestataires complémentaires. Un spécialiste de la maintenance de grands parcs aurait ainsi tout à gagner à se faire épauler par une SSLL dans le cadre de grands projets intégrant des logiciels libres. À titre d'exemple et pour illustrer cette indigence, l'un des plus grands déploiements de logiciels libres en France concerne l'administration : un sixième des postes bureautiques, soit environ 130 000, sont en effet équipés d'OpenOffice. Parce qu'elles ont eu du mal à trouver des prestataires capable de les épauler de bout en bout, les services informatiques des administrations concernées ont souvent été obligés de se débrouiller seuls. Et encore, la majorité de ces postes sont-ils restés sous Windows, ce qui a contribué à simplifier une partie de la migration. Pourtant, pour les grands comptes, l'intérêt du libre n'est plus à démontrer. Ainsi, rien que pour le déploiement d'OpenOffice sur les postes de la gendarmerie nationale, le coût d'utilisation a été divisé par dix. Je suis donc persuadé la mise en place d'offres de services adaptées constitue un facteur important dans l'adoption de logiciels libres par les grands comptes.

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