La chaine logistique de la distribution IT à l'épreuve du confinement

Depuis le début de la crise du COVID-19, plusieurs centres de tri de transporteurs ont fermé en France ou fait face à des défections de sous-traitant assurant la livraison des derniers kilomètres. Crédit photo : D.R.

Depuis le début de la crise du COVID-19, plusieurs centres de tri de transporteurs ont fermé en France ou fait face à des défections de sous-traitant assurant la livraison des derniers kilomètres. Crédit photo : D.R.

Alors qu'ils disposent de stocks opérationnels et fournis pour répondre à une demande en baisse, les grossistes IT sont soumis aux tensions du secteur du transport qui créent déjà des difficultés.

Face à la crise du COVID-19, la chaine logistique qui assure la livraisons des commandes passées chez les grossistes IT tient. Mais, cela sera-t-il toujours le cas dans quelques jours ? Chez les distributeurs eux-mêmes, ces craintes semblent pouvoir être écartées, au moins pour le moment. D'une part parce que les stocks sont suffisamment fournis pour répondre à une demande qui, de surcroît, a globalement baissé. « Nous étions préparés. Aujourd'hui, nos stocks sont de 40% supérieurs à leur niveau habituel à cette période de l'année », indique Philippe Ginot, le directeur général du grossiste alsacien Edox. « Les stocks se remplissent », confirme Pascal Murciano, le dirigeant de Tech Data France. D'autant que certains fournisseurs ont eux aussi incité leurs distributeurs à faire le plein, comme l'expliquait dans nos colonnes Florence Ropion, la vice-président et directrice channel de Dell Technologies France.

Des salariés présents et protégés au mieux dans les entrepôts

Si les entrepôts fonctionnent, c'est aussi parce que les équipes des grossistes IT qui y travaillent sont toujours en activité. Pas dans les conditions habituelles, comme pour de nombreuses autres catégories de salariés dont la présence physique est indispensable. Pour les protéger au maximum, les distributeurs que nous avons interrogés ont tous pris de mesures. Chez Tech Data, les masques de protection et les gants sont de rigueur, et la température des salariés est prise à l'entrée. Les collaborateurs des entrepôts d'Ingram Micro bénéficient aussi de ces équipements et doivent désormais prendre leurs pauses seuls. Le grossiste est même allé jusqu'à fermer son entrepôt une journée la semaine dernière, après qu'un salarié s'est senti mal. « Il ne s'agissait pas d'une suspicion forte de COVID-19. Mais, dans le doute, nous avons fermé le stock 24 heures et tout désinfecté.  Le salarié, lui, est en arrêt », explique Antoine Delval, le directeur marketing d'Ingram Micro France. Tant que les grossistes pourront compter sur leurs équipes logistiques, ils pourront donc continuer de répondre à la demande. Chez Ingram Micro, ces dernières vont recevoir du soutien, puisque certains salariés du siège social de Lesquin se sont portés volontaires pour venir leur prêter main forte.

Deux centres de tri Chronopost fermés puis rouverts en Alsace

Le risque le plus accru d'interruption de la chaîne de livraison des grossistes vient en fait de leurs prestataires extérieurs et plus précisément des transporteurs. « Aujourd'hui, sur sept transporteurs, je n'en ai plus que deux qui prennent les colis. Pour les palettes, les choses fonctionnent encore bien », constate Philippe Ginot, le dirigeant d'Edox. Tech Data ne fait pas encore face à des défections de ce type. Ingram Micro, lui, ne doit se passer que des services de Fedex dans le Grand Est. Dans la région, Chronopost a fermé deux centres de tri (Mulhouse et Strasbourg) du fait de salariés ayant exercé leur droit de retrait. Ils ont été rouverts ce 23 mars, jusqu'à quand ? A Lyon, c'est un centre de tri DHL qui a cessé son activité. « Tous les centres de tri sont en train de souffrir, constate Philippe Ginot. Comme nous sommes de bons clients, nous avons encore eu la chance que Chronopost nous envoie une navette par jour pour enlever des colis et les envoyer sur leur centre de Dijon. »

Des colis finalement livrés pas toujours réceptionnés

Et même quand le transporteur enlève bien un colis pour en assurer la livraison, l'affaire n'est pas encore gagnée. Encore faut-il que quelqu'un soit présent pour le réceptionner, ce qui n'est pas toujours le cas. « Il y a une recrudescence de ces situation que nous essayons de traiter », confirme Pascal Murciano, le dirigeant de Tech Data. Ce n'est d'ailleurs pas forcément la présence du revendeur qui fait défaut mais souvent celle de son client dont les équipes ont été placées en télétravail. « Nous constatons une explosion du drop shipment », confirme Sari Shafiei, la responsable marketing et communication de Dexxon Data Media, grossiste dont les entrepôts restent ouverts pour le moment. Et puisque les livreurs craignent eux-mêmes pour leur santé, certains n'insistent parfois pas quand ils ne trouvent pas d'emblée un interlocuteur.

Le phénomène est suffisamment important pour que les transporteurs demandent aux entreprises de prendre des dispositions. Dans un message envoyé au grossiste EDOX, l'un de ses prestataires logistiques indique : « Si les clients sont chez eux mais fermés au public, il est impératif de mettre une pancarte sur les portes pour indiquer qu'ils sont ouverts pour les livraisons. Il faut y faire figurer un numéro de téléphone où le chauffeur peux joindre la personne qui va réceptionner les colis. » On est bien sûr tentés de se demander pourquoi des clients passent des commandes à leurs revendeurs, qui eux-mêmes se retournent vers leurs grossistes, si leurs portes sont fermées. Le fait est qu'il s'agit parfois de livraisons correspondant à des reliquats ou passées avant que la crise sanitaire ne mène au confinement. Le phénomène est loin d'être marginal. Chez Edox, 16% des colis envoyés ne sont pas récupérés.

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