Huawei : méfiance de l'international, confiance en France

L'implication de Huawei dans la technologie 5G préoccupe jusqu'au patron du Mi6 en Grande-Bretagne, Alex Younger. (crédit : Huawei)

L'implication de Huawei dans la technologie 5G préoccupe jusqu'au patron du Mi6 en Grande-Bretagne, Alex Younger. (crédit : Huawei)

Préoccupée par l'empreinte croissante du géant chinois dans ses infrastructures de télécommunications critiques, British Telecom a pris la décision de retirer les équipements Huawei de son réseau central EE 4G. Alors, faut-il - ou devrait-on - se méfier de Huawei ? Ou bien est-ce de la paranoïa, ou encore un souci de se protéger à moyen terme ? Ou bien les gouvernements ont-ils manqué de vigilance ?

Au début des années 2010, le géant chinois Huawei s'est considérablement développé sur le marché britannique. En 2012, le fondateur de Huawei, Ren Zhengfei, a même rencontré le premier ministre David Cameron, lequel lui a promis 1,3 milliard de Livres en achat et en investissement. À l'époque, certains ont émis des réserves sur l'infrastructure de Huawei et au rôle qu'elle pourrait jouer dans l'espionnage électronique. Pour dissiper les craintes - en grande partie émises par les États-Unis sur l'entreprise et son rival ZTE - le gouvernement britannique a créé à Banbury, Oxfordshire, un centre de cybersécurité connu sous le nom de « The Cell ». Là, des experts en infosec ont passé l'équipement Huawei au peigne fin pour vérifier s'il pouvait servir à pirater les réseaux.

Le MI6 préoccupé

Après un premier rapport, l'ancien secrétaire britannique à la Défense, Malcolm Rifkind, a suggéré que les experts en cybersécurité ne devraient pas être désignés par Huawei, et il a recommandé d'impliquer le Government Communications Headquarters (GCHQ), autrement dit le service de renseignements électroniques du gouvernement. Quelques mois plus tôt, la même année, dans un autre rapport du gouvernement, des experts avaient déclaré qu'ils ne pouvaient garantir que la technologie Huawei ne présente pas un risque majeur pour les infrastructures critiques britanniques. Comme le fait remarquer le Financial Times, les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont tous pris des mesures pour limiter la participation de Huawei dans le déploiement de la connectivité 5G.

Cette semaine, le chef du MI6, a réitéré ces préoccupations, mettant en garde contre l'implication de Huawei dans la technologie 5G, appelée à jouer un rôle transformateur dans l'Internet industriel qui va bien au-delà des gains en débits apportés par le déploiement de la 4G. Alex Younger a estimé que la Grande-Bretagne devrait prendre « certaines décisions » sur sa relation avec le fournisseur chinois d'équipements de télécommunications, plus grand fournisseur de telco en 2017 devant Ericsson, et depuis peu, second plus grand fabricant d'appareils grand public en volume livré après Samsung et devant Apple.

Des puces espionnes dans des équipements américains

Il faut rappeler que les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande font tous trois partie, avec le Canada et la Grande-Bretagne, du Groupe des Five Eyes (FVEY), un réseau mondial de surveillance dont les activités ont été révélées par les fuites d'Edward Snowden début 2013. Paradoxalement, l'équipement de Cisco, rival de Huawei en matière d'infrastructure, a été secrètement utilisé à des fins d'espionnage par la National Security Agency (NSA) pendant un certain nombre d'années. En octobre, un rapport de Bloomberg Businessweek affirmant que des espions chinois avaient placé des puces dans des équipements utilisés par de grandes entreprises technologiques, dont Apple et Amazon.com, a provoqué de très fortes tensions dans l'ensemble de l'industrie, de nombreux acteurs demandant le retrait du rapport.

Si l'on prend les services de sécurité au mot, il semblerait que les premiers accords conclus entre le gouvernement de coalition britannique et Huawei sur l'approvisionnement et l'infrastructure ont eu des retombées considérables. Mais si les risques sont aussi importants que le prétendent les détracteurs de l'accord, il faut se poser également des questions sur le rôle du gouvernement dans la supervision du déploiement de l'infrastructure Huawei à travers le Royaume-Uni.

Le Brexit dans l'équation

Et le Brexit n'a pas simplifié les choses. Dès le début de la campagne, les partisans d'un Brexit dur ont insisté sur le fait que, pour compenser la baisse des échanges commerciaux avec l'Europe, la Grande-Bretagne devrait conclure des accords commerciaux avec le reste du monde. Dans ce contexte post-Brexit, la Chine apparaissait forcément comme un partenaire évident. Les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et la Chine s'élèvent déjà à 59 milliards de livres sterling par an, et renoncer à des accords à long terme avec l'un des principaux acteurs industriels chinois ne serait donc pas une bonne idée. Il existe aussi des risques liés à la « balkanisation » de l'Internet, laquelle isolerait certains fournisseurs ou régions du flux global d'informations du fait de tensions entre les différents États.

Cependant, le communiqué publié par Huawei après la décision de BT/EE minimise son importance : « Cela fait près de 15 ans que Huawei travaille avec BT. Depuis le début de ce partenariat, BT respecte le principe de séparation des différentes couches réseau entre différents fournisseurs. Ce principe est toujours en vigueur aujourd'hui ». Ajoutant : « Depuis qu'il a acquis EE en 2016, le groupe BT s'emploie activement à aligner l'architecture réseau héritée d'EE dans le respect de cet accord de longue date. Il s'agit d'une pratique normale et attendue, que nous comprenons et soutenons pleinement ». Comme l'a déclaré BT, « Huawei reste un important fournisseur d'équipements et un partenaire d'innovation apprécié. Ensemble, nous avons déjà réalisé un certain nombre d'essais 5G concluant sur différents sites à Londres, et nous continuerons à travailler ensemble ».

Un partenariat OBS-Huawei assumé en France

En France, le recours à des équipements réseaux et télécoms Huawei, déjà au coeur de plusieurs services et offres poussées en particulier par OBS, ne semble pas poser de problème existentiel. Rappelons en effet que le fournisseur de services français propose trois types d'offres cloud à son catalogue dont une, Flexible Engine, reposant sur des briques OpenStack du fabricant chinois. Interrogé par la rédaction en juillet dernier pour savoir si les futurs grands contrats cloud passés par l'Etat pour l'aider dans sa transformation digitale allait passer par la case OBS-Huawei - ou encore Azure et AWS - le secrétaire d'Etat au numérique Mounir Mahjoubi s'était montré étrangement muet. Le temps d'évaluer et de s'assurer que ces offres répondent bien « aux exigences régaliennes de sécurité » ? Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, n'a, lui, pas attendu ces vérifications pour assurer à l'AFP que Huawei est « une entreprise qui a une place importante en France, qui a investi en France et dont les investissements sont les bienvenus. »

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