Sortie de crise : ne faites pas l'économie d'un retour d'expérience !

« Prendre le temps de l'analyse en comprenant les événements passés », explique Nicolas Arpagian, directeur de la stratégie et des affaires publiques d'Orange. (crédit : D.R.)

« Prendre le temps de l'analyse en comprenant les événements passés », explique Nicolas Arpagian, directeur de la stratégie et des affaires publiques d'Orange. (crédit : D.R.)

La perspective de la sortie de crise ne doit pas faire oublier l'importance du retour d'expérience. Il faudra consacrer du temps, de l'énergie et de la matière grise à tirer les enseignements des difficultés rencontrées, des options prises et des actes manqués durant ces semaines hors normes. Pour en faire un levier de création de valeur au service de ses équipes et de son activité future. C'est aussi la condition pour ne pas subir davantage la prochaine crise à venir.

La crise sanitaire que nous traversons depuis plusieurs semaines est sans précédent. Car elle touche, outre notre santé, l'ensemble des pans de notre vie quotidienne : nos relations sociales, nos déplacements, la conduite de nos activités personnelles et professionnelles... Un certain nombre d'analystes avaient annoncé la possibilité prochaine d'un tel bouleversement à l'échelle planétaire. Comme par exemple, cet extrait du rapport 2009 de la CIA, intitulé : « Comment sera le monde en 2025 ? » qui pronostique le déclenchement possible d'une pandémie mondiale, d'ici 2025, faisant même référence au coronavirus. « Dans le pire des cas, ce sont dix à plusieurs centaines de millions d'Occidentaux qui contracteraient la maladie, et les morts se compteraient par dizaines de millions. Dans le reste du monde, la dégradation des infrastructures vitales et les pertes économiques à l'échelle mondiale entraîneraient l'infection d'un tiers de la population du globe et la mort de centaines de millions d'êtres humains », écrivent les experts étatsuniens. Pas besoin de Wikileaks pour accéder à cette analyse : elle a été rendue publique rapidement par ses commanditaires, le Conseil National du Renseignement des Etats-Unis, et a même été traduite en français et publiée dès 2009 par les éditions Robert Laffont.

Idem quelques mois auparavant pour le « Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité nationale » de 2008 initié par le Président Sarkozy, qui soulignait l'importance de disposer de « moyens de prévention de crises majeures d'origine non intentionnelles ». Parmi lesquelles les pandémies. L'ouvrage est en libre accès sur le site Internet de La Documentation Française. Donc, là encore, rien de caché, rien de secret. Ces récits prospectifs montrent qu'il est important de disposer d'une capacité d'anticipation pour envisager le monde tel qu'il peut se présenter à nous. Evidemment, il convient ensuite aux décideurs économiques et politiques de prendre connaissance de ces scénarii et d'en tirer les conséquences pour leur gestion opérationnelle. Rien ne sert de prévoir si ces options ne sont pas utilisées à bon escient. Quels sont les investissements nécessaires ? Quelles sont les économies possibles ? Quels sont les moyens de substitution envisageables ? Quels sont les renoncements acceptables ? Ce travail de réflexion en amont est indispensable pour éclairer la prise de décision des gouvernants, en identifiant et hiérarchisant les priorités.

 Se remettre à l'ouvrage, après le « cessez-le feu ! »

Contrairement aux guerres conventionnelles où la sonnerie du clairon marque l'arrêt définitif des combats, la fin de la lutte généralisée contre une pandémie est forcément plus diffuse. Ici l'ennemi n'admet pas officiellement sa défaite et les signes de reddition s'apprécient de manière clinique. On sort donc de l'affrontement dans une certaine torpeur qui tranche avec le soulagement vif de l'annonce solennelle d'un armistice libérateur.

Dans ce contexte, les conditions de la sortie de crise ne doivent pas être négligées. Si chacun aspire à revenir à ses occupations normales avec le sentiment de vouloir rattraper le temps jugé perdu, il ne faut pas sous-estimer à ce stade l'importance du retour d'expériences. Prenez le temps de reconsidérer l'enchainement des événements, des prises de décision et des options retenues. Cet examen sera riche d'enseignements pour mieux comprendre le fonctionnement de votre organisation dans un contexte contraint. Il sera révélateur des tempéraments et des ressources qui composent votre collectif.
Le but n'est pas de stigmatiser ou de sanctionner mais bien de disposer d'une vision claire de ce qui s'est passé et de ce qui pourra être évité et amélioré à l'avenir. Pour faire de cette crise un moyen d'enrichir sa communauté (entreprise, administration, collectivité locale...) et de moins subir les événements si de telles circonstances devaient se répéter. Ce qui est plus que probable.

Ce temps du retour d'expériences ne doit pas être vécu comme une instance de jugement, sinon chacun veillera à s'y soustraire et à le réduire à sa plus simple expression, mais bien comme une opportunité de création collective de valeur. L'échange entre pairs, dans un même secteur d'activité, sera également très bénéfique. Chacun ayant vécu la période dans un contexte spécifique avec des outils variés pour faire face à la situation. Ce partage d'expériences constitue donc un allié très appréciable pour aborder les heures incertaines qui s'annoncent.

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