Les réseaux opérateurs soumis à la pression du télétravail massif

Du côté des opérateurs, les moyens sont - officiellement du moins - annoncés comme étant tout à fait adaptés pour répondre à une situation exceptionnelle qui pourrait cependant bien s'étendre sur quelques semaines, voire mois. (crédit : Geralt / Pixabay)

Du côté des opérateurs, les moyens sont - officiellement du moins - annoncés comme étant tout à fait adaptés pour répondre à une situation exceptionnelle qui pourrait cependant bien s'étendre sur quelques semaines, voire mois. (crédit : Geralt / Pixabay)

Quelques dizaines d'heures après l'annonce du confinement, les entreprises comptent sur les employés qui le peuvent pour télétravailler. Actuellement paramétrés pour tenir la charge comme pour des grandes manifestations ou événements sportifs, la question du maintien dans le temps de ces conditions exceptionnelles de disponibilité et de bande passante réseau se pose.

Si toutes les entreprises qui le peuvent sont très fortement incitées par le Président de la République Emmanuel Macron et le gouvernement à privilégier en masse les entreprises, encore faut-il que ce dernier puisse se faire dans de bonnes conditions. Car derrière la volonté, il y a surtout la capacité pour les opérateurs à assurer une bande passante suffisamment importante pour permettre aux salariés de travailler à distance dans de bonnes conditions (transfert/envoi de fichiers, web conférence...). Et ce alors que des pics de trafic ont été enregistrés : jusqu'à plus de 60% sur la voix, ayant nécessité un redimensionnement de 20% des portes d'interconnexion réseau pour permettre d'endiguer le phénomène de rejet des appels mobiles que l'on a pu constater depuis lundi.

« Afin de protéger les réseaux mobiles, on lance un appel à utiliser le plus possible le WiFi de la maison pour se connecter », nous a expliqué Michel Combot, directeur général de la  Fédération Française des Télécoms qui a enregistré une progression de 10% du trafic sur le réseau Internet fixe. « Les pics sont atteints sur toute la journée contrairement en fin de journée précédemment ». Mais à ce stade, le redimensionnement des capacités réseau pour la data n'est pas, encore, à l'ordre du jour, la fédération tablant plutôt sur le comportement responsable d'acteurs du web comme Netflix ou des compagnies de jeu en ligne pour lever le pied dans les appels à consulter leurs contenus risquant de faire trembler les capacités réseaux. A ce titre, un report de Disney+, prévu au 24 mars 2020, serait bien vu pour la FFT mais également le gouvernement. Reste à savoir si l'appel sera entendu.

Protéger les réseaux mobiles et fixes de la saturation

« La mobilisation des opérateurs, des 15 000 techniciens et ingénieurs est entière et leur rôle est essentiel pour des réseaux vitaux à la vie et l'économie du pays. La capacité des opérateurs à absorber les pics de consommation est importante mais nous ouvrons une nouvelle séquence exceptionnelle qui nous impose d'être réactifs et très attentifs aux évolutions de la consommation , a fait savoir Arthur Dreyfuss président de la FFT. « Les pics auxquels nous sommes habitués et préparés vont se transformer en hausse continue de la consommation et ce, sur la longue route. Il ne s'agit pas de gérer pour les prochains jours mais pour les prochaines semaines. Nous entrons dans une ère de discipline sociale qui doit s'accompagner de responsabilité numérique. » Quelle forme prendra cette responsabilité ?

Du côté des opérateurs, les moyens sont - officiellement du moins - annoncés comme étant tout à fait adaptés pour répondre à une situation exceptionnelle qui pourrait cependant bien s'étendre sur quelques semaines, voire mois. « Les réseaux sont dimensionnés pour supporter les pics de consommation et nous avons la capacité à absorber les pics », nous a indiqué une porte-parole de Bouygues Telecom. « Aujourd'hui il n'y a pas de difficulté pour écouler le trafic data par exemple ». Interrogée sur le volume et la croissance liée à l'afflux de connexions et du volume de données transitant par le réseau de l'opérateur, la porte-parole a en revanche botté en touche. Son de cloche peu ou prou identique chez le concurrent Orange : « Nos réseaux savent supporter les événements à très forte audience. Quant à la charge liée au télétravail, elle est plus modérée (téléphone, échange de fichiers...). Pas d'inquiétude pour nos clients s'ils doivent télétravailler ou bien passer plus de temps à la maison et regarder davantage de contenus durant la journée, le réseau d'Orange est dimensionné pour tenir la charge. Il n'existe aucune priorisation dans les usages de la bande passante », nous a expliqué un porte-parole du premier opérateur télécoms français.

Neutralité du net Vs intérêt économique : le faux combat ?

En coulisses, on s'active en tout cas pour préparer le terrain à un plan de secours en cas de surcharge réseau, comme ce qui arrive en Italie où le premier opérateur Telecom Italia fait face à un bond de 70% de son trafic depuis les premières mesures de confinement début mars. « Les échanges se sont accélérés entre le cabinet de Cédric O et les opérateurs car on a senti que des mesures  allaient être mises en place. Le bridage fait partie des hypothèses envisagées et des actions sont prévues en cas de congestion mais la neutralité du net sera préservé », nous a assuré une porte-parole de l'Arcep qui a mis en place un outil pour rendre compte des signaux faibles. « Le fait de confiner les personnes chez elles pourrait effectivement les conduire à regarder des vidéos, fortement consommatrices de bande passante ».

« Ce confinement met en exergue la capacité des infrastructures à tenir une charge non prévue, et si on peut dégager un peu de bande passante en limitant le streaming VOD qui pèse près d'un quart du trafic data pour permettre à l'économie de fonctionner, je ne pense pas que l'on touche fortement à la neutralité du net en situation exceptionnelle, même s'il ne faut pas en profiter pour  restreindre les libertés numériques », nous a confié un DSI en transition qui a souhaité garder l'anonymat.



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